Préférences @3

Il m’est souvent arrivé de penser (et d’écrire) que mon impuissance à vivre dans la durée une relation amoureuse se répétait trop souvent pour que je n’en sois pas directement responsable. Depuis quinze ans, je n’ai en effet vécu que des relations courtes, soit parce que le désir était volatile, soit parce que les humeurs n’étaient pas conciliables. L’histoire vient de se répéter. Je suis heureuse qu’elle m’ait permis de renouer avec mon désir que je croyais éteint à ce degré de félicité. Elle me laisse néanmoins le goût amer de ce constat de mon impuissance à vivre une partie du quotidien à deux, mon incapacité à être dans le compromis quand il devrait être chose due.
Ce qui fait mon équilibre m’est si ontologique ! Écrire sans dimanches ni vacances, organiser mon temps pour dormir mon saoul en me levant tôt et faire chaque jour au moins une heure de sport, penser mon alimentation et mes consommations pour satisfaire mon corps comme mes engagements tout en succombant à ma gourmandise sans dommage pour ma santé (une périlleuse équation !), être dans l’action qui me va mieux que la contemplation. Comment passer un dimanche matin dans des bras fussent-ils langoureux à simplement éprouver le désir, me repaître du temps qui passe et de conversations badines ? Je ne sais pas. Je veux tout comprendre, tout penser, et agir sur chaque seconde à venir. Et puis, le dimanche matin n’est-il pas fait pour se lever à 7 heures et aller dérouler sous la pluie, prendre une douche bien chaude et travailler sur les mises à jour de mon site ?
Non ?
Pas forcément.
Bigre.
Peut-être me dira-t-on que ce qui fait mon équilibre se partage si l’on trouve la bonne personne ? L’argument ne tient pas ; la personne était bonne sans être la bonne. Sombre paradoxe qui ne tient qu’à un pronom personnel et me porte à considérer que tout se partage si j’accepte de le partager. Pourquoi n’accepté-je pas ? Parce que j’aime la solitude ? Parce que je me sens trop fragile pour accepter que mon univers soit investi par autrui ? Parce que… Je ne sais pas. Je remarque juste que là, quand mes doigts courent sur le clavier, la musique un peu fort dans l’enceinte, je suis bien. En fait, des fois, je me demande quelle est la fonction de l’autre-amoureux. Je dis bien « l’autre-amoureux » pour le distinguer de l’autre tout court. Je sais la force, la puissance, la chaleur de l’amitié. Je renonce parfois à des choses importantes pour moi par amitié. Je prends des risques par amitié. Je fais des choses qui me sont étrangères par amitié. J’en suis incapable par amoureux. J’ai l’impression de me compromettre, de céder à un pouvoir qui pourtant ne s’exprime pas ainsi.
Bigre.
Comme dirait Caddie, ça nous promet de longues soirées d’hiver ! Ça me promet aussi un gros travail d’écriture. Il y a là un mystère que je voudrais percer sauf à admettre que mon incapacité à la relation amoureuse m’est aussi ontologique que ce qui fait mon équilibre. Admettons ? Pas si vite ! J’aime trop remettre sur le métier mon ouvrage pour abdiquer sans combattre.
Hajime l’amoureux ? Oh là ! pas si vite non plus. J’ai une peine à éprouver. Quand la personne était bonne, c’est toujours une tristesse que d’y renoncer même si la rupture était inéluctable. La mélancolie va bien à l’hiver. Les jours s’allongent. La lumière est plus forte. Le printemps sera de joie.

Note. Pour aider un peu, j’ai acheté une infusion Joie de vivre : piment, gingembre et poivre noir. Oh là là ! Caddie, ça va déchirer du bonheur.

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