Adieux @32

Ce matin (22 octobre), je suis allée courir un brassard noir à côté du brassard fluo que je porte quand il fait encore nuit. Un brassard, noir comme la ceinture de Daniel, professeur de judo, 4e dan, ancien cheminot.
Daniel. Mon ami. Daniel.
On s’y était pourtant accroché à cette putain de ceinture ces trois derniers jours ! Cela n’a pas suffi en dépit de la trentaine que nous étions, solidaires, aimants, convaincus jusqu’à la dernière seconde qu’un simple « Hajime ! » conjurerait l’inéluctable descente de sa pression artérielle et de son pouls sur l’écran du service de réanimation de l’hôpital Saint Jospeh.
Cela n’a pas suffi. Notre amour n’a pas suffi. Nos dans cumulés n’y ont rien fait. L’infection a été la plus forte. Daniel est mort samedi. Je lui tenais la main, avec tous les judokas du club dans mon cœur et Daniel dans le leur. Je n’ai rien senti quand la mort a pris la place de la vie. L’infirmière avait coupé les alarmes depuis dix minutes. Je voyais sa tension baisser, son pouls et puis, « 0 ». Le « 0 » de pression artérielle m’a dit. L’infirmière est venue confirmer. Je n’ai pas pleuré à cet instant. J’ai serré fort sa main. J’ai dit « Ciao Daniel », en le regardant. Ma voix était presque inaudible. Olivier la Perche était là, si fort, si beau ! Il m’a portée ces dix dernières minutes, et les deux heures après. Il y avait aussi Richard, un ami cheminot de Daniel.
J’aurai beaucoup à écrire sur ces trois jours. Aujourd’hui, c’est ma peine qui s’exprime, mon impuissance, et aussi la fraternité de mes partenaires de club ; ils sont tellement exceptionnels, tous ! Chacun.
Je lui tenais la main, trente judokas avec moi. Ça en fait de la force, de l’amour. Daniel est mort. Daniel. Notre ami. Daniel.
Ce matin, au point de triangulation, mes tours étaient là, bien sûr, fidèles. La grue envolée aussi, le soleil dans les vitres de l’église. Les trois locos guettaient, un TGV a sonné de sa corne et est passé au ralenti. Dans le candélabre, une corneille était installée. Elle m’attendait. On a fait la triangulation. La joie. Lamou. Hajime !
Daniel.

Olivier, Daniel, Jean-Mi, Jacky, Xavier, Hervé derrière, Romuald caché…
Et nous tous tout autour.

Daniel.

Nous tous.

6 commentaires pour Adieux @32

  • Hélène

    Mille bises Cécyle. Tes prochaines dans seront les siennes peut-être ?

    • Cécyle

      Merci Hélène ! 😉
      Je lui dois beaucoup pour le premier : c’est grâce à lui que j’ai osé passer la difficile épreuve des randoris (combats). Il m’a donné l’envie d’être assistante de club et j’ai passé le PSC1 avec l’idée que son état physique le prédisposait à un malaise… Rude intuition.
      Je devais travailler le second dans son dojo. Je lui dédie déjà !

  • Mmmm

    Hajime Cécyle. Vous l’avez si bien entouré et retenu dans votre cercle de ceintures nouées serré qu’il sera toujours là pour amortir tes chutes et partager vos rires.

    • Cécyle

      Oui, toujours là ! Indispensable Daniel. Il ne me quitte pas.

  • vincent

    Je suis triste d’apprendre cette nouvelle.
    Toutes mes condoléances.
    Vous lui avez bien montrer votre amour dans ce petit hommage.
    🙁

    • Cécyle

      Merci Vincent.

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