Aïe ! @23

Une de mes voisines, en situation financière très précaire suite à une dette de loyer, est venue me voir pour que je fasse un courrier pour débloquer son dossier de surendettement auprès de notre bailleur. Un petit coup de pouce de deux élus, et le tour était joué !
Elle est revenue car la CAF bloquait la remise en route de son APL. J’ai fait un courrier… un autre… Je connais bien le fonctionnement de la CAF ; ce sont des besogneux obtus mais on finit toujours par se faire entendre. Là, rien. J’ai réussi à accéder au dossier en ligne de cette voisine. J’ai alors découvert que la CAF bloquait son APL car elle réclamait en vain la déclaration de ressources d’un second membre du foyer, dont j’ignorais l’existence.
Petit moment de flottement. La vie privée de cette voisine ne me regarde pas, et je n’ai pas à lui demander des comptes ; pourtant, son dossier en dépend. J’y suis allée à pas feutrés. Elle m’a expliqué, pas gênée du tout, qu’elle avait aidé un gars à avoir des papiers en le déclarant sur sa feuille d’impôts mais qu’il n’avait jamais habité avec elle. Elle m’assure par ailleurs n’avoir jamais déclaré l’existence de ce monsieur à la CAF (vu qu’il n’était pas chez elle, CQFD), et qu’il a depuis quitté le territoire. Elle l’a d’ailleurs dit à la dame qui l’a reçue au guichet il y a trois mois en lui dictant une lettre. Pourquoi aurait-elle menti puisqu’il n’a jamais habité chez elle ?
J’essaie de lui expliquer que l’assistance à des personnes sans-papiers est un délit, que les services fiscaux, qui communiquent directement avec la Caf, ont par le fait transmis l’information selon laquelle elle hébergeait cet homme, que la Caf ne peut donc que considérer qu’elle a omis de déclarer elle-même un changement de situation (ce qui est considéré comme une fraude), que le fait de déclarer cet hébergement comme factice peut l’exposer à des poursuites judiciaires.
Je lui propose de rédiger un nouveau courrier qui expliquerait que cet homme a bien habité chez elle et que maintenant, il est parti ; et plaider la bonne foi. Cela lui évitera peut-être qu’un juge s’intéresse à elle ; et lui permettra de récupérer son APL une fois établi qu’il n’habite plus avec elle.
— Mais il n’a jamais habité avec moi !
Je comprends bien mais, en l’espèce, il est important de jurer du contraire. Elle ne comprend pas. Elle s’en va, court chez une voisine qui l’aide beaucoup, lui explique que je lui demande de mentir, que ce n’est pas bien, qu’elle ne le fera pas… Depuis, elle n’a pas récupéré son APL. J’en suis triste pour elle, qui se débat dans les dettes. Elle a voulu rendre service ; elle le paie si cher !

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