Lesbienne @19

Dans mon club de judo, il y a une autre gouine ! Non ? Si si. Disons plutôt une femme en couple avec une femme, je ne suis pas sûre que le terme de « gouine » lui plaise. Et ces deux femmes, elles ont eu un bébé, né courant juillet. À l’annonce que l’une était enceinte, j’ai eu des échanges assez drôles avec quelques-uns de mes partenaires, intrigués sur la manière dont deux femmes font des bébés. J’ai parfois senti une certaine réticence sur cette situation d’homoparentalité ; rien de véritablement homophobe ; plutôt de la surprise.
Et puis le bébé est venu. Oh ! le joli petit bout. Les félicitations ont fusé, les contributions au cadeau de naissance ont été particulièrement généreuses. Les mamans sont venues à deux reprises nous présenter leur bébé sur le tatami. Gazou gazou. Gros bisous. Poutoux. Gouzi gouzi. Guili hi hi. Vous les auriez vu mes judokas baraqués, essentiellement des hommes, prendre le chérubin qu’il pose sa tête sur leurs beaux biscoteaux ruisselants de sueur (miam !), rivaliser de commentaires de papas attentionnés et de câlins appuyés. En termes de références masculines, Christine B peut se rassurer ; ce bébé a pris sa dose pour quelques années.
Je me suis positionnée en observatrice lors de ces deux visites. Cela m’a permis d’appréhender ce que plusieurs lesbo-mamans m’ont expliqué, le lien entre leur désir d’enfant et leur besoin de reconnaissance sociale en tant que lesbienne. Ce n’était à chaque fois pas leur motivation unique, mais il y avait de cela, l’idée que maman, elles seraient mieux acceptées qu’en tant que lesbienne, sans doute (c’est mon interprétation) parce que la maternité sort fondamentalement une femme de toute posture sexuelle, comme un moyen de désexualiser l’homosexualité.
Un comble ! Une opportunité de vivre en paix ? Un moyen de faire reculer l’homophobie ? Je n’y crois pas, à terme, une seconde même si l’attitude de mes judokas vis-à-vis de ce bébé garantit une totale impunité à ses mamans. Elles ne sont plus homosexuelles, elles sont mamans. Je respecte bien sûr ce choix, considérant que la motivation est tout à fait honorable. Pour autant… Vive l’égalité des droits (donc la PMA pour toutes) mais il ne faudra pas s’attendre à me voir m’engager sur ce sujet. Je ne conçois pas l’homosexualité hors du désir homosexuel, celui qui est politique et ontologiquement révolutionnaire.
Gazou Gazou ?
Ni mère, ni épouse ! Hajime la révolution !

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