Kendo @36

C’est après le passage de l’épreuve des randoris, à l’automne 2016, que j’ai vraiment eu le sentiment que la ceinture noire était à ma portée. Il me restait une épreuve, dite « épreuve technique », où je devais démontrer mon judo. Il allait me falloir travailler ; Jean-Michel était à mes côtés ; tout était possible.
Je me suis mise alors à turbiner sur le moment où j’allais recevoir ma ceinture, sur mon émotion, convaincue avant tout que j’allais beaucoup pleurer. Ma première surprise a été de ne pas pleurer lors du passage de cette dernière épreuve. La seconde est de ne pas avoir pleuré depuis. Pas encore ?
D’habitude, les ceintures se remettent à la fin du premier cours qui suit la dernière épreuve. Pour des raisons un peu compliquées à expliquer, cela n’a pas pu être le cas… ni les cours suivants. J’ignorais donc quand elle me serait remise. Sensei Romuald a annoncé plusieurs fois que j’étais ceinture noire, sans me la donner. Ces annonces m’ont émue, les félicitions qui allaient avec itou. Je n’ai pas plus pleuré.
Autre surprise. Le 17 juin, à la suite du tournoi que mon club organise annuellement, nous partageons un repas. Et là, contre toute attente, sensei m’a donné ma ceinture, ou plus exactement la sienne, entre la poire et le fromage, comme on dit. J’ignorais que l’on pouvait donner une ceinture hors tatami. La surprise était totale, mon émotion à son comble, ma fierté absolue, ce d’autant qu’il a fait un discours rare et précieux tant il est d’un naturel peu disert. Mais je n’ai pas pleuré.
Six jours plus tard, lors de la fête du club, sensei Romuald a renouvelé son discours devant les enfants, les parents… et je n’ai pas pleuré. Est-ce que je pleurerai lors de la remise officielle par le comité de Paris, à une date que je ne connais pas ? Sans doute. Peut-être. Je ne sais pas. Je peine à écrire aussi, sur le sujet. Cela me surprend également. Serait-il trop tôt ?
J’ai l’impression que je ne réalise pas totalement bien qu’un mois, déjà, se soit écoulé ; que c’est surtout une grande fierté que je ressens, un sentiment qui ne me porte pas aux larmes. Je sens en même temps qu’elles peuvent venir à tout instant. Sur le tatami, surtout, je me sens à la fois très fragile et portée par la ceinture de sensei Romuald que j’ai autour de la taille. Il y a beaucoup de choses que j’ai endurées parce que je voulais qu’il soit fier de moi. Ce qu’il a dit tout ce mois de juin fait que je sais qu’il l’est.
Merci sensei Romuald. Merci.
—…
Tu dis ? J’ai le 2e dan à passer ? Hajime !

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