Adieux @30

Quand j’étais petite, je passais une partie des grandes vacances à Chazeuil (Côte d’Or), chez mon oncle ou mes grands-parents, le village où résidait une bonne partie de ma famille maternelle. Régulièrement, je devais « faire le tour » des parentés présentes dans le village. Certaines m’étaient plus agréables que d’autres. Tante Jeanne était de celles-là.
On entrait par une porte de garage qui servait de cellier. À droite à l’intérieur, la porte de la cuisine ; au fond, l’accès au jardin et au poulailler. Tante Jeanne offrait toujours un biscuit et quelque chose à boire (je ne sais plus quoi). On parlait un peu assises à la table avec toile cirée au centre de la pièce. D’un côté (à gauche de la porte qui menait au reste de la maison que je n’ai jamais visité), un buffet années 60 ; à côté de la porte d’entrée, le gros poêle à bois qui faisait office de cuisinière en dépit de la présence d’un appareil « moderne » au gaz. Cela sentait le café brûlé. Au fond, un escalier à cinq marches menait à une pièce où résidait la Grand-Mère. Elle était très vieille, grabataire, parlait par onomatopées. J’en avais très peur mais je l’embrassais avec courage. La voix de Tante Jeanne, toujours, me rassurait.
Puis Tante Jeanne m’emmenait au poulailler ramasser les œufs. La fête ! C’était un petit bâtiment tout en long (peut-être dix mètres), avec des cages à poules ouvertes sur la gauche et un étroit chemin à droite, couvert de paille, de plumes et de déjections. L’odeur était terrible. Je ne dirais pas que ça puait. C’était l’odeur des poules. Tante Jeanne me donnait un panier aussi décati que la Grand-Mère, charge à moi de trouver des œufs. J’en trouvais chaque fois une bonne douzaine (en cherchant avec patience) et les ramenais à Mamy emballés dans du journal.
Des années plus tard (très récemment), j’ai appris que Tante Jeanne, avertie de ma visite, allait par précaution ramasser ses œufs (ses poules pondaient n’importe où) et m’en laissait une douzaine plus ou moins en évidence (mais aucun que je puisse écraser) l’exacte commande de Mamy. Là où d’autres m’auraient privée de ramasser les œufs, Tante Jeanne, elle, organisait les choses pour que je puisse les trouver et avoir le sentiment de l’aider dans son travail. Que du bonheur !
Tante Jeanne est morte dans la nuit du 21 au 22 juin dernier. Elle devait avoir plus de 95 ans, je ne sais pas exactement. Je ne l’avais pas vue depuis longtemps mais maman me parlait d’elle après chacune de ses visites. Je l’aimais beaucoup.

Un grand merci à Anne-Valérie, ma cousine, pour l’illustration de ce billet.

4 commentaires pour Adieux @30

  • Merci Cécile pour ce billet, moi aussi, je l’aimais beaucoup et, chaque année, je suis allée la voir et bavarder avec elle.
    Cette année, au mois d’août, je prévoyais d’aller la voir à Selongey, dans la maison de retraite où elle était depuis quelques mois…
    Ne pouvant être à ses obsèques aujourd’hui, le jour de son décès, j’ai assisté à une messe dans le Sud de l’Italie, à Vietry, et j’ai fait brûler un cierge…
    Je ne sais comment conclure ce billet, je suis émue.

    • Cécyle

      Je partage ton émotion. Elle nous unit.

  • Vincent

    🙁 Toutes mes condoléances.

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