Archives mensuelles : juin 2017

Bigleuse @77

J’étais l’autre jour à un pique-nique avec des personnes que je connaissais, d’autres non. Un moment, je regarde mon portable. Une femme s’adresse à moi ; on ne se connaît pas mais elle me sait écrivaine.
— Tu as un problème de vue ?
Je le lui confirme, indiquant que je suis albinos. Comme souvent, elle n’établit pas de lien entre albinisme et déficience visuelle. Je lui indique donc que tous les albinos sont malvoyants.
— Il ne faut pas généraliser.
Ma surprise a été totale. J’avoue que c’est la première fois que l’on me fait une telle réponse. J’insiste en indiquant que c’est physiologique, incontournable. Cette personne en rajoute dans le même registre, s’élevant contre les généralités abusives. Je suis de plus en plus interloquée. Isabelle prend le relais, sans plus de succès. Elle se tourne vers moi.
— Laisse tomber.
Ce que je. Ce n’est pas dans mes habitudes mais là, tant de bêtise est si confondante que la plus parfaite des pédagogies n’y serait sans doute pas venue à bout. Misère.

Pictogramme @8

Lors d’une visite à la Tour Eiffel avec Cécyle, nous avons pu admirer des pictogrammes avec des cadenas barrés… au second étage. Il ne s’agit donc pas d’informer de l’absence de vestiaires à l’entrée.
Un texte accompagne ce pictogramme « Pose de cadenas interdite : risque de chute mortelle » en français et en anglais. C’est donc un avatar de l’épidémie de « cadenas d’amour » qui a fleuri sur les ponts parisiens il y a quelques années. Cette mode a amené la Ville à enlever des rambardes en raison de leur risque de chute à cause de ces kilos de morceaux de métal.
La mention de la chute m’a interrogée, car j’ai tout de suite pensé à la chute de personnes. Après réflexion, Cécyle a pensé au risque pour des personnes plus bas à la suite de la chute de cadenas.
L’amour peut tuer, en voici une nouvelle preuve.

Adieux @30

Quand j’étais petite, je passais une partie des grandes vacances à Chazeuil (Côte d’Or), chez mon oncle ou mes grands-parents, le village où résidait une bonne partie de ma famille maternelle. Régulièrement, je devais « faire le tour » des parentés présentes dans le village. Certaines m’étaient plus agréables que d’autres. Tante Jeanne était de celles-là.
On entrait par une porte de garage qui servait de cellier. À droite à l’intérieur, la porte de la cuisine ; au fond, l’accès au jardin et au poulailler. Tante Jeanne offrait toujours un biscuit et quelque chose à boire (je ne sais plus quoi). On parlait un peu assises à la table avec toile cirée au centre de la pièce. D’un côté (à gauche de la porte qui menait au reste de la maison que je n’ai jamais visité), un buffet années 60 ; à côté de la porte d’entrée, le gros poêle à bois qui faisait office de cuisinière en dépit de la présence d’un appareil « moderne » au gaz. Cela sentait le café brûlé. Au fond, un escalier à cinq marches menait à une pièce où résidait la Grand-Mère. Elle était très vieille, grabataire, parlait par onomatopées. J’en avais très peur mais je l’embrassais avec courage. La voix de Tante Jeanne, toujours, me rassurait.
Puis Tante Jeanne m’emmenait au poulailler ramasser les œufs. La fête ! C’était un petit bâtiment tout en long (peut-être dix mètres), avec des cages à poules ouvertes sur la gauche et un étroit chemin à droite, couvert de paille, de plumes et de déjections. L’odeur était terrible. Je ne dirais pas que ça puait. C’était l’odeur des poules. Tante Jeanne me donnait un panier aussi décati que la Grand-Mère, charge à moi de trouver des œufs. J’en trouvais chaque fois une bonne douzaine (en cherchant avec patience) et les ramenais à Mamy emballés dans du journal.
Des années plus tard (très récemment), j’ai appris que Tante Jeanne, avertie de ma visite, allait par précaution ramasser ses œufs (ses poules pondaient n’importe où) et m’en laissait une douzaine plus ou moins en évidence (mais aucun que je puisse écraser) l’exacte commande de Mamy. Là où d’autres m’auraient privée de ramasser les œufs, Tante Jeanne, elle, organisait les choses pour que je puisse les trouver et avoir le sentiment de l’aider dans son travail. Que du bonheur !
Tante Jeanne est morte dans la nuit du 21 au 22 juin dernier. Elle devait avoir plus de 95 ans, je ne sais pas exactement. Je ne l’avais pas vue depuis longtemps mais maman me parlait d’elle après chacune de ses visites. Je l’aimais beaucoup.

Un grand merci à Anne-Valérie, ma cousine, pour l’illustration de ce billet.

Clé @14

La politique d’accessibilité des lieux publics est en marche en France, comme toute la politique bien sûr depuis quelques récentes élections. En voici une belle illustration à roulettes. Il s’agit d’un panneau expliquant comment entrer dans le centre Pompidou.
L’entrée principale du centre est connue pour son beau pavé dénivelé sans cousins amortisseurs sur les barrières Vauban du bas pour recueillir les handicapés en fauteuil les plus audacieux et aux équipements démunis d’air bag. Une autre entrée permet d’éviter les collisions entre roues libres à l’entrée de la piazza. Elle est située à l’arrière du bâtiment.
Ce beau panneau présente un plan et des indications fléchées. Côté rue Beaubourg, vu de face, il indique en bien gros qu’il s’adresse aux personnes en fauteuil et aux malvoyants qui doivent se diriger vers la gauche. Juste au-dessus, l’accès pour les personnes à mobilité réduite est matérialisé sur le plan, situé justement à l’angle où se trouve cet accès, bien indiqué… à droite. Je crois qu’en psychologie, on parle d’injonctions contradictoires. Mais, c’est qu’ils n’ont qu’à bien lire les panneaux qu’ils ont le temps d’étudier, bien assis dans leur fauteuil.
Les malvoyants ne sont déjà plus concernés par la seconde indication, d’ailleurs marquée en plus petit. Il faut dire qu’ils auront eu la chance d’aller se perdre vers l’Ircam. C’est vrai que cela aurait été ballot de l’indiquer pour les handicapés auditifs. Peut-être, est-ce un panneau spécial albinos ? En effet, les malvoyants suivant la flèche peuvent trouver leur bonheur à la fontaine Tinguely et Saint-Phalle dont le rebord bas permettra aux plus vaillants d’effectuer un plongeon pour se rafraîchir par temps de canicule.
Pour rire, précisons que le même panneau est repris exactement perpendiculairement au premier, présentant une bonne orientation de la plus grosse flèche, mais pouvant être plus difficile à comprendre pour ceux qui ne connaissent pas les lieux et ont du mal avec un plan (ce qui est le cas de nombreux valides), surtout quand il n’y a aucune indication de rue.


Vous avez entendu parler de démocratisation culturelle ? De culture pour tous ? De culture pour chacun ? Je passe sur les autres grands plans des pouvoirs publics censés amener tous les publics à fréquenter musées, monuments historiques, etc. Au final, pour certains en tous les cas, l’accès aux établissements culturels se mérite.

Délice @7

Quand je suis arrivée à Paris, j’ai vécu six ans en résidence universitaire, cuisinant sur deux plaques électriques collectives. J’ai ensuite emménagé dans un appartement et ai décidé de ne pas avoir de four considérant que j’avais pu m’en passer jusque là ce d’autant que les temps de cuisson m’ont toujours semblé exorbitants. J’ai acheté un micro-ondes pour uniquement réchauffer et décongeler, que j’ai remplacé plus tard par un modèle avec grill, considérant cette fois que mon poids ne m’autorisait pas à cuisiner des aliments trop caloriques.
Je ne me suis jamais vraiment servie du grill. Ma-Jeanine me faisait une tarte aux pommes tous les dimanches, Isabelle des gâteaux à la demande, Danielle des cakes, Sarah des pains d’épice, deux fois par an, chez ma mère, je faisais des sablés… L’envie d’un four, pourtant, me taraudait de plus en plus ; la perspective de refaire ma cuisine était une occasion. Je me sentais en suffisante « maturité diététique » pour ne pas trop succomber aux tartes, pizzas, gratins et gâteaux. J’avais vu chez Sarah qu’il existe des fours combinés. C’était ce qu’il me fallait, vu que je n’ai pas la place pour deux fours. Mon micro-ondes fonctionnait toujours. J’attendais qu’il tombât en panne. Et Pierre m’a sauvée !
Il me le reprenait. On était proche de mon anniversaire ; maman me proposait depuis plusieurs années de participer à l’achat. J’ai franchi le pas. Isabelle m’a offert les tôles qui vont bien pour ne pas faire de trop grandes quantités, Danièle une petite terrine pour cuisiner des gratins. Et me voilà partie à faire une pâte brisée pour une pissaladière et deux bourdelots pomme-abricot… dont le sucre a coulé et brûlé au contact de la plaque en céramique. Pas le droit aux abrasifs dit la documentation ! Alors je frotte, en douceur, depuis quinze jours, le temps de vider mon congélateur et pouvoir me mettre à la cuisson au four en congelant le trop et des boules de pâte à dimension de la tôle.
Restera à protéger la plaque en céramique et à caler le temps de cuisson ; cela en manquait la première fois. Et à accepter de faire monter un peu ma facture d’électricité. Je suis cap ! Non ? Chiche !

Incyclicité @26

De sortie en forêt pour une randonnée pédestre, je me suis retrouvée dans une ruelle de la ville de Rambouillet. Un panneau y indique :

« Vélos
Rollers
Planches à roulettes
doivent être portés à la main ».

Je regarde plus attentivement : il faut porter son vélo ? Le pousser ou le tenir, je comprends, mais le porter ?! Et à la main ! Je ne suis pas aussi calée que Cécyle pour définir si l’usage de ce verbe est conforme, Antidote ne me semble pas l’entériner. En revanche, je me dis qu’avec de telles formulations, il est difficile que l’injonction soit suivie d’effet, tant avec le vocabulaire courant, porter son vélo semble totalement inadapté en ce lieu. Encore un message qui fera au mieux rire, au pire pester, sans être crédible.
Heureusement que Vélectro n’a pas vu ça. Il aurait été choqué d’être ainsi traité comme une planche à roulettes.

Paris @43

La coulée verte sur laquelle je cours est en voie de réaménagement depuis plus d’un an. Le projet final, après concertation, est assez séduisant. Je suis impatiente du résultat. Je me suis donc précipitée fin mai sur les panneaux d’information que la Ville venait d’installer. Les deux panneaux du haut sont intéressants en ce qu’ils permettent de visualiser le résultat. Ceux du bas, par contre, me laissent dubitative.
« Calendrier des opérations, engagements tenus » (panneau de droite) : six des engagements en question (sur neuf) sont à des dates postérieures à la pose des panneaux d’information. Gageons que l’ours aura la peau tendre !
« La rue Vercingétorix revue par les habitants » (panneau de gauche). Que des trucs géniaux, je fais partie des habitants qui ont défendu ce projet. Mais… « (…) la mairie du 14e et la mairie de Paris ont aménagé » : « ont aménagé » ? un passé composé. Rien pourtant, ici, n’est commencé. Ah ! si, la rue Pernety qui n’est pas finie.
Je trouve en fait que ces panneaux arrivent un peu tard, qu’ils sont de très mauvaise qualité (mal collés, ils gondolent au bout d’une semaine et certains se décollent déjà) et ont l’art de mélanger le passé, le présent et le futur dans une communication qui dit si peu et si mal au vu de l’intérêt de ce projet. Pourquoi gâcher un si beau réaménagement en le dévalorisant ainsi ? Ses détracteurs (nombreux) vont s’en frotter les mains. Dommage !

Métro @21

Les publicités dans le métro peuvent être source de ravissements ou d’afflictions. Récemment, une photo a attiré mon attention tant sa laideur m’a sauté au visage. C’est une campagne de promotion des « 34e Médiévales de Provins », sous-titrées « Lumières et couleurs du Moyen Âge ».
J’ai bien regardé l’affiche et mes quelques connaissances en histoire et histoire de l’art médiévales m’ont semblé incompatibles avec l’attirail dont est affublée la troupe et son maquillage, notamment les couleurs. Si vous pouvez me prouver que j’ai tort, je suis preneuse. Pour l’instant, cette récupération d’une thématique pour un spectacle de grand n’importe quoi m’afflige.

Bonheur @30

Il y a une dizaine d’années, le hall de notre immeuble était occupé de manière sonore et agressive (parfois violente) par des jeunes gens s’adonnant au trafic de drogue. Nous avons mené, avec l’amicale de locataires, une action judiciaire qui a abouti à une quinzaine de condamnations dont de la prison ferme pour ceux qui avaient des sursis qui couraient. Parmi les condamnés, un jeune homme venu d’un autre quartier dont une jeune locataire était amoureuse. Les parents de cette jeune fille ont pris le parti de cet amour et considéré que l’amicale de locataires était responsable de l’incarcération du futur père de leur petit-fils à naître.
Je discutais souvent avec le mari, maître-chien, moins avec son épouse occupée par ses activités d’assistante maternelle. À partir du moment où nous avons engagé les procédures judiciaires, ils ont cessé l’un et l’autre de répondre à mes bonjours. Je n’en ai pas pris ombrage, je peux comprendre leur réaction. Je me suis néanmoins obstinée à les saluer, par principe, et parce que je n’ai rien à reprocher à ces personnes qui n’ont fait que soutenir leurs enfants.
Un matin de l’autre semaine, j’ai été arrêtée dans mon déroulé par un petit chien sans laisse sautant à ma rencontre. Quand je croise ainsi un chien sans propriétaire qui aboie et cabriole, je m’arrête toujours, par précaution, et j’attends que le maître se manifeste. D’où j’étais, je ne pouvais pas l’identifier. J’entends une voix de femme crier :
— Allez-y !
Je repars en marchant et tombe nez à nez avec ladite voisine. Je lui souris, lui dis bonjour. Je n’entends pas si elle me répond. Par contre, elle ajoute la voix agréable.
— C’est parce que vous courrez.
— Oui ! bien sûr. C’est pour cela que je me suis arrêtée. Bonne journée !
— Bonne journée !
Ouh la la ! C’est incroyable ! Un chien qui jappe et voilà une communication de bon voisinage interrompue il y a quinze ans qui reprend ! La vie. Merci la vie. Merci.

Aïe ! @22

Munie de nouvelles chaussures de randonnée et d’une envie de marcher en forêt, ainsi que d’une carte IGN, j’ai pris le chemin de Rambouillet et d’un itinéraire proposé par l’office du tourisme de la ville. Le descriptif semblait suffisant et le balisage bien précisé.
Au fil du parcours, j’ai pu apprécier le manque de quelques informations utiles et une légère sous-estimation de la durée de la marche. La mauvaise surprise à quelques centaines de mètres de la gare de retour n’en a été que d’autant plus désagréable. Je me suis retrouvée sur le bon parcours, voyant au loin le bon balisage… derrière une belle grille toute neuve. Sous un panneau annonçant que l’accès à ce bout de route était réservé aux usagers, cette belle grille était flanquée d’un poteau avec un code pour l’ouvrir. Décidant de ne pas me lancer dans l’escalade qui m’aurait permis de franchir l’obstacle, j’ai été contrainte de faire demi-tour et de me lancer dans un grand détour pour rejoindre la gare. Grâce à cela, j’ai raté de peu le train et dû attendre cinquante minutes le prochain.
Mon message à l’office du tourisme m’a valu les plus plates excuses de « toute l’équipe » qui va vérifier ses parcours. De mon côté, je vais me méfier de ces parcours. Reste que cette sortie m’a donné bien envie de retourner à Rambouillet et de parcourir ses bois et parcs.