Archives mensuelles : avril 2017

Canette @33

Vous avez sans doute entendu parler de ces nouvelles bouteilles de lait qui résistent à la chaîne du recyclage (ici) ? On nous conseille, bien sûr de ne pas les acheter. Est-ce au consommateur d’être vertueux en payant son lait plus cher ou aux entreprises de recyclage de faire correctement leur travail en anticipant les évolutions de l’industrie agroalimentaire ?
Pour ma part, j’achète sans état d’âme mon lait au moins cher, en l’espèce 0,73 euro le litre dans une enseigne de fort discompte. En prenant une bouteille l’autre jour, j’ai remarqué du lait bio. Par curiosité, j’ai saisi la bouteille… lisse comme une bouteille qui ne se recycle pas ! Le comble de la société marchande, vendre du bio dans un emballage non recyclable ? Un comble parmi tant d’autres !

Aïe ! @19

Lors de mon dernier don de plaquettes, pour la première fois, j’ai eu un malaise. Cela m’était déjà arrivé pour un don du sang, il y a longtemps. Deux circonstances, qui reviennent à une même cause, l’expliquent : une autre personne donnant des plaquettes a eu un malaise.
Or, comme les infirmières et les médecins l’ont confirmé ensuite, il y a une sorte d’effet d’entraînement dans ce genre de malaise. De plus, comme les infirmières étaient occupées, j’ai attendu pour leur demander du calcium, donné lors de certains symptômes indiquant un problème de fixation naturelle du calcium en raison de l’anticoagulant utilisé pendant le don. J’ai appris à cette occasion que si le souci dure un peu, on fait un malaise.
Gouttes de sueur, tête qui tourne, vite en position allongée, je me suis sentie mieux. Pour autant, j’ai terminé tout le don dans cette position. Plus possible de lire, juste le temps de réfléchir. De ça, je ne vais pas me plaindre.

Indignés @10

J’ai accompagné une voisine et néanmoins amie dans deux magasins d’électroménager. Elle souhaitait changer son lave-vaisselle. Je ne suis pas une spécialiste — je n’en ai d’ailleurs pas ; mais c’est toujours plus agréable à deux et l’on est plus vigilants face aux commerciaux. Elle a trouvé son bonheur dans le second magasin et a passé commande. La vendeuse lui propose une livraison le lendemain. Trop court. Il fallait ranger, s’organiser… La vendeuse propose le lundi. J’indique à Danielle que c’est Pâques.
— C’est férié ?
— Oui.
— Ah non, pas un jour férié. Le livreur doit se reposer.
La vendeuse a eu l’air surprise de sa réaction. Elle insiste en disant que c’est possible.
— Pour nous non, rétorqué-je. On ne vote pas Macron.
Elle n’a eu aucune réaction. Danielle, elle a ri. C’est qu’on ne plaisante pas avec les droits des travailleurs, dans le quartier. Le lundi en question, je suis allée faire un petit tour. Tout était ouvert. Je vais finir par passer pour réac à défendre le caractère chômé des dimanches et jours fériés. Misère !

Délice @6

À propos de désir… du mien.
Je travaille en ce moment à plein temps sur le manuscrit d’un prochain roman rose (Brocoli rose…) et je constate une fois encore qu’écrire des scènes érotiques réveille dangereusement ma libido ; relire me fait moins d’effet mais écrire ! J’en suis tout émoustillée, preuves physiologiques à l’appui. J’écris souvent le matin, après le sport. Je me retrouve à l’heure du déjeuner pétrie de désir, sans trop savoir qu’en faire, à part faire quelques excès de chocolat et de caramels avec le café ; les deux vont si bien ensemble !
Ces dernières semaines, après l’annonce de la ménopause, cela m’a rassurée sur la capacité de mon corps à produire une réponse au désir. Ceci étant, cette satisfaction-là n’est guère satisfaisante. J’ai, bien sûr, la solution de me masturber (je l’évoque car si je ne le fais pas, il y aura bien un Hétéronaute badin pour le faire !) Il me faut pour cela un sujet de désir et les personnages de mes romans ne le sont pas. Un sujet de désir… C’est bien beau mais on en trouve où ?
Si j’en crois une étude de l’Ined, et en me classant dans les professions intellectuelles, ce serait dans les « lieux réservés », « association, lieu d’études ou de travail, salle de concert… » et « lieux privés », « réunions de famille ou d’amis » : je ne fréquente jamais les seconds ; restent les premiers ce qui donne une judoka au judo là où mon club n’a pas recruté de femme de plus de 50 ans depuis moi et les associations où je milite… essentiellement derrière mon écran sans aller ni aux réunions, ni aux fêtes, peu aux manifestations qu’elles organisent.
Verdict ? Peut-être devrais-je changer de registre d’écriture ?

 

À table ! @35

Depuis des années, je fais des dons de plaquettes. Lors de mon trentième don, je me suis aperçue que j’ai toujours choisi dans les collations proposées pendant le don le jus de… raisin. Je n’en bois pas souvent. Le jus de pomme m’irrite l’estomac à jeun, mais tout de même, quel choix ! D’autant que le sang retourne dans le corps, seuls plasma et plaquettes sont retenus.
C’est tout de même une drôle de symbolique. Aurais-je tant intégré mes années de catéchisme pour que l’écho du sang au jus résonne dans un tel détail ?

Soldes @12

Taguer un panneau électoral est un délit… parfois drôle ! Je réprouve donc, mais je partage ! Je vous laisse deviner de quel candidat il est question.
Plus important est que j’ai remarqué cette année que tous les candidats du premier tour des présidentielles — à l’exception notable de Nathalie Arthaud — ont choisi de n’afficher que leur bobine, avec un slogan, et juste en dessous une seconde affiche avec qui la date d’un meeting, qui l’adresse du site Internet… Je me souviens du temps où les panneaux électoraux étaient composés en quatre morceaux. Un bandeau horizontal avec le nom du parti, du candidat, deux affiches verticales, une avec photo et slogan, l’autre avec la profession de foi ou les propositions, un dernier horizontal, en bas donc, avec le slogan de campagne, ou une autre information. On passait du temps à les assembler, soucieux de mettre les éléments bien droits. Et l’on passait tous les jours afin qu’ils soient propres (sans tag).
Au fil des élections, j’ai remarqué les choses se dégrader : de moins en moins de texte, des collages de travers, plus de tags. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est que ces panneaux ne proposent plus aux électeurs qu’une image, celle du candidat, et un slogan. Serait-ce à dire qu’ils n’ont rien de plus à nous offrir ? Je sais bien que non mais, à nous proposer une communication politique si pauvre, c’est exactement ce qu’ils nous disent. Et qui y gagne ? Celles et ceux qui se font élire sur du vent. Qui y perd ? Je vous laisse deviner.

Incyclicité @25

Au début, je ne sortais Vélectro que pour aller en promenade ou sur mon lieu de travail principal, dans une cour accueillante. Depuis quelque temps, je l’utilise pour d’autres lieux où il doit être garé dans l’espace public.
Il est tellement beau, grand et fort que forcément il pourrait attirer des sauvageons ! L’autre jour, en faisant le point avec des collègues, j’ai compté : j’ai six antivols…
Un est à demeure en place pour éviter le vol de la selle. Un est d’origine sur la roue arrière. Un me sert pour sécuriser la sacoche quand je roule ou le panier lors du stationnement. Ensuite, trois U complètent la panoplie pour accrocher à un point fixe au moins le cadre et une roue, le troisième solidarisant le cadre avec l’autre roue. Même moi, je trouve que c’est beaucoup, alors que je prends systématiquement avec moi la console (dispositif d’affichage des vitesses, niveau de batterie, etc.) et la batterie (qui s’enlève aussi avec une clé).
À force d’avoir vu des vidéos et des recommandations pour le choix des antivols, je suis très prudente. C’est aussi le souvenir d’un soir où plusieurs dizaines de vélos où été volés autour du mien, seul resté en place, car accroché de façon plus sécurisée que les autres sur la même grille. Au moins, si quelqu’un le vole, je n’aurai pas de regret sur ce que j’aurais pu faire. Bon, il y a sans doute aussi un peu de déformation professionnelle.

Jardinage @16

Après une fin d’hiver un peu difficile, je me rends compte que le printemps me donne la pêche même si mes yeux doivent s’habituer à plus de lumière (ce qui induit plus de fatigue et de maux de tête). J’ai donc la pêche ! J’écris avec vivacité et envie. Je me régale au judo et commence à croire en la réussite de mon passage le 3 juin. Les difficultés de mon stage d’assistant de club me deviennent un sujet de plaisanterie. De nouvelles tracasseries administratives ne contraignent pas mon sommeil. Des projets de long cours me semblent d’un coup réalisables. Mes séances de sport me paraissent toujours trop courtes. Je me réjouis de tout, une musique, un lever de soleil, mes lentilles au cumin (nouvelle recette), la pousse des piments dans ma jardinière, un bon mot, une parole aimable, la bise d’anniversaire de ma voisine, une balade dans un tunnel ferroviaire, un dîner, un déjeuner, une rencontre, une expo, un sourire échangé dans le métro… Je ris ; je chante ; surtout sous la douche grâce à l’enceinte Bluetooth que j’emporte avec moi dans la salle de bains.
J’ai donc la pêche ! Je me sens plus ouverte aux autres, au monde. Je me sens une énergie débordante ! J’en partage tout ce que je peux avec mes amis dont je tente de profiter à plein. Je reprends contact avec celles et ceux et hen que j’ai pu perdre un peu de vue. Je tente de faire attention à chacun, d’être ouverte à tous. Je fais la nique à cette paresse affective qui nous conforte dans la solitude. Et pourtant… Pourtant ? Je me dis parfois qu’il y a du gâchis dans l’air, que toute cette force et ce désir qui sont en moi ne sont pas partagés à l’aune de ce qu’ils devraient l’être, que cette fleur que j’ai vue ce matin au milieu d’une jardinière de la Ville dépasser de vingt centimètres de toutes les autres aurait mérité que quelqu’un soit là avec qui j’aurais pu échanger sur le caractère cocasse et symbolique de l’instant. On a blagué elle et moi. Et puis j’en ai vu une autre. J’ai tant aimé ces deux fleurs qui n’étaient pas comme les autres en dépit des efforts du jardinier à harmoniser ses plantations.
Serait-ce à dire qu’il y a toujours un individu qui se pose en principe d’altérité, pour ses congénères, d’abord, pour soi extérieur au groupe, ensuite ? J’aime bien la métaphore ; elle me donne l’espoir d’un autre dissemblable qui trouverait en mon énergie matière à partager la sienne, loin de la plate-bande où le monde voudrait nous confiner ! Cela ne fait-il pas plusieurs billets où je parle de cet espoir-là ? J’ai envie d’aimer. J’aime déjà. J’ai envie d’aimer encore plus que déjà ce d’autant que je me trouve parfois tellement désirable que je ne comprends pas que l’on ne me désire pas. C’est sans doute fort prétentieux que de penser cela. Je le pense. Et je regarde partout s’il n’y a pas une fleur qui dépasse de la plate-bande.

Entendu @22

Deux femmes discutent. Elles parlent poids et régime. L’une annonce « Je fais une cure au mois d’août. Je n’arrête pas de monter dans le poids. » Monter dans le poids ? Comme on monte dans le bus ou comme on est ballotté dans les airs par une tornade ? Je ne le saurai pas.
En tous les cas, j’ai été étonnée par cette formulation. Parlant de son propre poids, elle fait référence à un « poids » extérieur. J’y ai entendu une distance, un « je » qui subit. Ce poids abstrait est écrasant, comme une fatalité que l’on tente de combattre pour essayer d’enrayer une montée insaisissable.
Depuis quelques mois, j’essaye de perdre du poids, de ce corps qui est mien. Pour y arriver, il me semble que partir de soi pour arriver à soi selon sa propre mesure est important. On ne maîtrise pas son métabolisme et tant de paramètres, mais au final je ressens cet objectif comme très personnel et concret. Cela me parait un bon début.

Exposer @11

J’ai publié début avril une photo sur ma page Facebook qui a fait un bide, au sens où elle a été moins likée et commentée que ce que le sont d’ordinaire les photos sur ma page. Il faut dire que le texte qui l’accompagnait était assez provocateur et caustique. Est-ce cela qui a coincé ? Vous trouverez la photo et mon texte ici.
Ma provocation touche les conditions d’accès PMR aux musées ; je saisis l’occasion pour expliciter ma position.
* Le coupe-file : le plus souvent, une carte d’invalidité donne un accès prioritaire aux musées. Autrement dit, la personne handicapée passe devant tout le monde. C’est quelque chose de très jouissif, j’avoue. Est-ce un privilège abusif ? La personne en fauteuil est certes assise… Mais la personne en cannes, le déficient sensoriel et même mental peut avoir des soucis d’équilibre et de moindre résistance physique ou psychique à l’attente debout. L’accès prioritaire me paraît donc un privilège acceptable.
* La gratuité de l’accompagnateur : c’est sans doute ce qui me semble le plus évident et nécessaire quel que soit le handicap ; aide aux déplacements, à l’accès aux toilettes, gestion de la foule, audiodescription, etc.
* La gratuité pour la personne handicapée : c’est ce qui me paraît le plus discutable. Cela induit d’abord l’idée que la personne handicapée est forcément une personne pauvre ; c’est souvent le cas, mais ce n’est pas le handicap qui crée la pauvreté, mais son traitement social et économique. Des musées proposent la gratuité aux bénéficiaires de minima sociaux. Cela me semble plus juste et pouvoir s’appliquer sans problème aux handicapés pauvres.
J’en viens à ma dernière phrase, assez sardonique, j’en conviens : après avoir suggéré qu’être accompagné d’une personne handicapée facilite l’entrée aux expos temporaires du Louvre, je conclus « Pour vous consoler de ne fréquenter que des valides, de belles images sur cette page 😉 » Ne serait-elle pas même un peu revancharde, d’ailleurs, ma phrase ? Sans doute et je ne pensais pas un jour l’oser ; j’en regrette juste la part de violence qui fait écho à cette violence quotidienne que produit notre organisation sociale qui pratique la ségrégation de beaucoup de catégories de populations : qui, en effet, fréquente au quotidien une personne en situation de handicap permanent qui ne soit pas un membre de sa famille ou une personne de plus de 75 ans ?
Vous me direz qu’il n’est pas très usuel d’aller chercher spécifiquement des handicapés à fréquenter sauf si l’on veut voyager gratuitement ou faire coupe-file dans les musées… C’est bien ce que je disais, l’ordre social ne met pas en lien valides et handicapés et, quand il le fait, le valide a aussitôt un douloureux problème à gérer, celui d’une différence qui lui est inconnue (vous en avez de nombreux exemples sur ce blogue). C’est donc bien la société qui est responsable de ça… La société, et les individus qui la composent ? Je vous laisse trancher.