Croissance @8

Naomi KleinLa vague de froid annoncée pour le dimanche 15 janvier 2017 et les jours suivants a donné lieu à un appel au civisme du ministère du Développement durable relayé par un long reportage de France Info qui m’a semblé tout à fait hors de propos. Après nous avoir dit que plusieurs réacteurs nucléaires étaient remis en service, des conseils très précis sont donnés pour une moindre consommation individuelle de nature à nous éviter un black-out : éteindre les lampes et les appareils en veille, baisser la température des logements d’un ou deux degrés, limiter les lessives, etc. Il s’agit d’économiser je ne sais plus combien de mégawatts, mais le chiffre est forcément impressionnant. Et notre responsabilité individuelle encore plus forcément totale.
Je constate en effet que la politique du tout électrique pour satisfaire les marges d’EDF et justifier le tout nucléaire n’est pas mise en cause, ni l’absence d’une véritable politique de transition énergétique. Quant aux industriels, ils sont étrangement hors champ de cette opération de communication.
Je remarque également que le recours à la culpabilisation individuelle et au civisme n’est pas doublé d’une réflexion sur notre politique énergétique, sur le dérèglement climatique, ni sur les effets délétères du libéralisme sur la production électrique, et la consommation, celle-ci étant la conséquence directe des choix de production. Les circonstances, pourtant, sont de nature à porter une réflexion sur ces sujets. Sauver EDF, Areva, et quelques autres est plus important que sauver la planète. Ce n’est pas un scoop.
Je remarque également que la mise en place de la circulation alternée lors de pics de pollution de décembre ne m’ont pas fait le même effet alors qu’à bien y réfléchir il s’agit de la même chose : pénaliser le consommateur dont les choix de consommation sont finalement la conséquence directe de choix politiques de soutien sans condition au libéralisme : politique industrielle et routière en faveur de l’automobile, fiscalité avantageuse pour le diesel, aménagement du territoire avec un éloignement toujours plus grand entre domicile et travail, transport publics en étoile, etc.
Mais pourquoi serais-je moins sensible à la culpabilisation des automobilistes qu’à celle des ménagères ? Parce que je ne suis pas automobiliste ? Peut-être. Aussi parce que leurs associations ont le chic de défendre des positions contraires à l’intérêt général. Mais finalement, tous ces discours publics nous demandant de faire des efforts (temporaires !) de moindre consommation ou de moindre déplacement en cas de crise reviennent au même : faire porter sur les citoyens les conséquences létales du libéralisme vainqueur !
Serait-il l’ennemi à abattre tant ce système est la cause directe de ce qui nous opprime et met en danger la survie même de l’humanité ? J’en suis, avec Naomi Klein, convaincue. Je l’ai dit, sans doute avec mois d’arguments qu’elle, dans mes Fragments d’un discours politique. Le diagnostic est posé. On fait quoi maintenant ? Je poursuis ma lecture de Tout peut changer. Et je vous dis.

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