Bigleuse @71

Camps victimesAvant même de visiter les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, je savais la longue liste des catégories de personnes victimes de la déportation et de l’extermination nazies : les juifs, les Tsiganes, les témoins de Jéhovah, les handicapés, les malades mentaux, les communistes, les résistants, les opposants politiques, les étrangers, les homosexuels, les asociaux…
Une question de maman m’a menée à une découverte qui ne fait qu’ajouter à l’horreur : il existait un plan spécifique d’extermination des handicapés physiques et mentaux, « Aktion T4 ».
Il m’a fallu deux jours pour lire en entier l’article de Wikipédia qui est consacré à ce plan que les nazis enrobaient de l’euphémisme « euthanasie ». Pour tout dire, la référence à ma propre identité ne m’avait pas fait le même effet quand j’avais vu Paragraphe 175 ; je m’étais même presque sentie étrangère à la déportation des homosexuels ; alors que là !
Boudidiou !
Boudidiou ?
C’est le mot qui me vient tant j’en prends ici plein la poire, comme si mon albinisme était, à mon identité, plus essentiel que mon homosexualité parce que, clairement, l’argument de la charge qu’il constitue pour certains est toujours vivace dans la société. Les deux se rejoignent sur la question de la « pureté de la race » au sens de la différence inacceptable pour certains que l’un et l’autre constituent. Mais je ne souviens pas avoir lu ou entendu que les homosexuels étaient une charge (sociale, économique ou personnelle) alors que pour les personnes handicapées, l’argument est persistant aujourd’hui encore jusque dans la sphère intime.
Boudidiou, donc.
Mon petit doigt me dit que je savais tout cela et que je l’avais simplement occulté. Cela explique sans doute ma frousse devant les administrations qui gèrent le handicap, ma souffrance angoissée à avoir été déclarée « inapte » à 19 ans, ma volonté de fer à camoufler ma déficience visuelle durant mes jeunes années, ma colère quand certains parents d’enfants albinos réclament un diagnostic préimplantatoire ou que d’autres souhaitent voir la recherche génétique éliminer l’albinisme, et d’autres choses encore. Je n’ai pas envie que l’on m’élimine, ni au nom de la pureté de la race, ni au nom de la charge que je représente, ni au nom d’une souffrance que d’aucuns se croient autorisés à définir à ma place.
Tout ça pour dire que je suis là, vivante, heureuse à mes heures ! Cela déplairait-il encore à quelques-uns ? J’en suis sûre. Je tâcherai de m’en souvenir les jours où je me sentirai un peu molle du moral. La haine de mon exterminateur passé ou potentiel, quelle énergie de vie cela me donne ! Hajime !

7 commentaires pour Bigleuse @71

  • Eve

    Fair is beautiful !

    • Cécyle

      Pourtant, quand j’ai la haine, je vire au rouge ! 😉

  • vincent

    Certains gens ne comprennent pas.
    Ils sont (votent, plébiscitent, acclament) ceux qui excluent (que ce soit de façon « douce »… non, mais il n’y a pas d’exclusion douce. Mais, tristement heureusement (je ne sais comment le dire autrement), toutes les exclusions ne finissent pas en camps de concentration ou de la mort).
    Ils sont pour l’intolérance, ils sont pour EUX (Français de souche (mais depuis combien de génération déjà), hétéro, travailleurs… ).
    Prétendument, ce qui n’ont pas de « défaut », ce qui sont parfait.

    Sans parler de tout le mal que représente l’exclusion et l’intolérance, en admettant, hypothèse de travail, que ce soit moralement acceptable, que ce ne soit pas humainement un crime : cela reste un suicide potentiel.

    Imaginons qu’on vote pour un parti/homme qui veut expulser les musulmans. On est pour.
    Ensuite, il expulsera les autres étrangers. On est pour. Puis ses opposants politiques. Puis les tous les religieux. Puis les handicapés. Puis les homos. Puis les pas blonds… Puis le moindre individu qui a été dénoncé.
    Un jour ou l’autre, on finira bien par se retrouver dans une des catégories qui sera exclu par cet arbitraire.
    Ça n’arrête jamais.

    Comment les gens peuvent-il ne pas y penser ?

    « Quand ils sont venu chercher… »

    ….
    Ne serait-ce que ça. Juste ça. Au moins ça, devrait faire réfléchir.

    Comment des gens peuvent-ils ne pas voir, ne serait-ce que ça.

    • vincent

      Je voulais écrire « Ils sont pour (votent… »

      Désolé :-/

    • Cécyle

      Peut-être que le « système » (l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste) organise cette non-pensée ?

      • vincent

        Peut-être. Mais vu le nombre de gens qui sont acteurs/complices actif de ce système, (on ne parle pas de dix personnes), c’est que les gens eux-mêmes non-pensent ?
        Ou alors, est-ce juste un rouleau compresseur qui entraine des seulement-spectateurs ?
        Le « système » est-il autosuffisant (tiens, à deux titres) et fonctionne-t-il ainsi même sans l’aide des humains ?

        Je suis sùr de rien, là.

        • Cécyle

          Je crois assez à la théorie du rouleur compresseur. Entre ceux qui n’ont rien et sont dans la précarité et ceux qui ont un tout petit quelque chose qu’ils ont peur de perdre et ceux qui ont un tout petit plus et qui pensent être sortis des deux premières catégories, cela en fait des personnes qui roulent pour le système qui les roule dans la farine en estimant simplement se battre pour leur vie meilleure !

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