Résistance @11

ExistransSamedi 15 octobre 2016. Je rentre de l’Existrans, une après-midi revendicative pleine de douceur près des volontaires du Centre LGBT-Paris-IDF puis de Laurie de passage à Paris, son amie, et Isabelle. Je suis joyeuse. Dans l’après-midi, un moment où j’étais concentrée sur mes bouchons d’oreille pour cause de sono à 92dB, j’ai pensé que je vivais une chouette époque, une époque où certes la violence (économique, sociale, politique, martiale…) semble gouverner le monde et décupler la souffrance des personnes mais sans n’avoir jamais le dernier mot, une violence qui donne toute sa saveur à une belle après-midi ensoleillée d’octobre dans les rues de Paris, une violence qui n’a pas prise sur la douceur et la tendresse à partir du moment où l’on prend soin de lui ouvrir son cœur.
Ouvrons.
À Montparnasse, j’ai pris la 13 ; j’avais assez marché pour ce jour. Le métro arrive. Je monte. Une femme, déjà là, se pousse pour laisser descendre un monsieur. Quand elle remonte, la femme assise sur le strapontin, plus jeune qu’elle, lui laisse sa place.
— Merci, je suis si fatiguée… moralement surtout.
Et la voilà de partir à parler, vider son sac comme un souffle trop longtemps retenu mais un souffle pudique et porteur de tant de souffrances ! Je ne peux me détacher de sa parole. La femme qui lui a laissé sa place non plus. Elle écoute, penchée sur elle, attentive. Elle exhale une empathie simple, chaleureuse. Je ne l’entends pas dire quelque chose mais je sens qu’elle écoute. La femme parle de sa surcharge de travail, donne son âge, évoque toutes ses souffrances physiques et morales.
— Ils veulent que je voie une psychologue mais je ne suis pas malade. C’est le travail qui m’épuise.
Deux stations. Qu’est-ce qu’on peut en dire en deux stations !
À Pernety, elle se lève ; la femme qui avait laissé sa place la reprend. Elle semble à son tour porter le fardeau. Une force tirée de la joyeuse après-midi dont je reviens me porte à prendre ma part. Je m’approche d’elle.
— C’est gentil ce que vous avez fait. Merci.
— C’est normal ! Je l’ai fait comme ça.
— C’est gentil. Cette dame portait tant de souffrances.
— Oh oui !
Je me prépare à descendre. Je la salue. Elle me répond avec un large sourire. Cinq minutes plus tard, je suis assise devant mon ordinateur et, aussitôt, je partage par l’écriture la souffrance de cette femme autant que toutes ces tendresses qui nourrissent ma joie. Oui, je le crois ; je vis une époque formidable, une époque où la violence est telle que l’amour est un acte de résistance qui donne une force incroyable.
Résistons.
La douceur est là où nous la mettons.

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