Agit-prop’ @16

Camp 2On peut s’interroger sur ce qui a permis aux nazis d’exterminer de manière industrielle six millions de personnes en les transportant à travers l’Europe sans que celles-ci ne résistent. Il y a bien sûr quelques faits avérés de rébellion de la part des déportés. Mais ils sont marginaux et l’image que l’on a de la déportation sont ces files de personnes, sur des quais, valise au pied, qui attentent sagement de monter dans ces wagons à bestiaux qui les mèneront à la mort surveillées par à peine quelques soldats en armes.
— Mais Bon Dieu, crient nos mauvaises consciences à la vue de ces photos. Putain de merde ! Bougez-vous ! Courez ! Fuyez ! C’est la mort qui est au bout de la route.
Nous le savons, aujourd’hui. Ils ne le savaient pas, ce d’autant moins que la propagande nazie prenait bien soin d’entretenir l’espoir. Ils promettaient du travail, au bout de la route, une nouvelle vie, un monde meilleur là où il n’y avait que la souffrance, l’horreur, la mort.
L’espoir… Le guide qui commentait notre visite des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau nous a expliqué qu’une fois débarqués sur le quai à Birkenau, les personnes déportées étaient invitées à poser là leur bagage. On leur assurait qu’ils le retrouveraient à leur retour de la douche, foi de SS, juré, craché, vomi ! Une douche ? Quel bonheur après ces jours passés dans ce wagon inconfortable ! Les personnes formaient une file bien droite et marchaient sans besoin de coups de crosse jusqu’à l’entrée des chambres à gaz. Un vestiaire. Des bancs. Des portemanteaux avec un numéro pour chacun.
— Mémorisez bien votre numéro, disait le garde. Vous retrouverez facilement vos affaires après la douche.
Voilà comment on entretient l’espoir, avec un numéro au-dessus d’un portemanteau alors que l’endroit devait sentir la mort à plein nez ! Je ne blâme pas ces personnes, même si j’ai du mal à comprendre, comme je ne comprends toujours pas que l’extermination de six millions de personnes sur quelques années dans toute l’Europe ait pu passer inaperçue. Je ne blâme pas non plus celles et ceux et hen qui savaient et se sont tues. Je ne sais pas ce que je ferais dans une situation identique, déportée ou témoin de la déportation et de l’extermination.
J’ai juste compris à Auschwitz-Birkenau que l’horreur n’a pas de limite, même pas la mort, parce que c’est l’espoir qui a mené ces millions de personnes à leur propre mort. J’ai compris que notre vigilance doit être totale parce que chacun de nous aime l’espoir au point de lui sacrifier l’entendement et qu’il existe des idéologues capables de le faire vivre dans des projets les plus mortifères. Daech ? Bien sûr. Mais pas que. Qui ? Je laisse chacun apprécier.

2 commentaires pour Agit-prop’ @16

  • Mais comment ont-ils pu croire qu’on allait leur donner du travail ? Beaucoup étaient des gens fortunés, puisqu’on leur a confisqué des œuvres d’art, volé des bijoux, réquisitionné des appartements bourgeois… Qu’avaient-ils besoin de croire qu’on leur donnerait du travail, qu’ils auraient une vie meilleure ? Ils ne venaient pas de leur plein gré, on les raflait la nuit… Que de questions encore.

    • Cécyle

      Il y avait bien sûr une coercition importante, notamment au départ de la route, moins nécessaire à l’arrivée, semble-t-il. Il faut dire que cinq jours debout dans un wagon à ne rien manger, cela ne donne guère de force pour se battre.
      Et attention ! ces « gens fortunés » n’étaient pas si nombreux. Ils étaient même une toute petite minorité ; et certainement pas six millions ! C’est pour alimenter l’antisémitisme que l’on nous a fait croire le contraire (et qu’on nous le fait toujours croire) et justifier l’extermination de six millions de personnes, dont aussi des tsiganes, des « asociaux », des communistes, des résistants, des « droits communs »… Six millions.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>