Bigleuse @69

Camp 2La visite des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau terminée, on a récupéré nos sacs au vestiaire, fait pipi, mangé un morceau (au moins moi) et nous sommes inquiétées de savoir comment rentrer à Cracovie. Nous avions un car une heure et demie plus tard. Nous étions fatiguées, sonnées, tristes. Un taxi était là. J’ai demandé le prix. 250 zlotys. C’est exactement ce que nous avions en poche. La chauffeuse était avenante. On avait besoin de sérénité.
Le voyage du retour a été agréable. On a envoyé quelques textos pour rassurer celles qui avaient soutenu notre entreprise et, forcément, ne pouvaient que se demander dans quel état psychologique nous étions. C’est important de prendre soin de celles et ceux et hen que l’on aime, en toutes circonstances ; dire que l’on va bien dès qu’un doute est permis. C’est important l’amour ; je le savais avant cette visite en Pologne. Je le sais d’autant plus à présent.
De fil en aiguille, dans mes échanges de textos avec Isabelle, je lui ai demandé si elle voudrait venir avec moi à Auschwitz-Birkenau. Déjà, à peine quelques heures après en être partie ? N’étais-je pas assez groggy, assez triste, assez ébranlée pour vouloir y retourner ? J’ai évoqué dans un billet (ici) combien l’horreur accumulée peut donner l’impression que tout cela est irréel. C’est la seconde raison pour laquelle j’ai envie-besoin d’y retourner ; me dire que je n’ai pas rêvé, que l’horreur est bien celle-là. Elle n’est pas ce qui m’a décidée d’emblée à faire la proposition à Isabelle.
La raison principale est que, tout au long de la visite, j’ai eu la sensation de ne pas « tout » voir, au sens physiologique du terme. Je savais ce qui était où (définition de « voir » que je retiens dans Tu vois ce que je veux dire, ), grâce aux explications de Sarah et au récit du guide. Mais, les cheveux mis en vitrine, par exemple, ces cheveux qui témoignent de la tonte avant l’extermination car les cheveux, cela permet de faire du tissu, de remplir des matelas et plus incroyable encore (j’ai en partie oublié), ces cheveux, ils étaient là, sous mes yeux. Je les voyais mais, si Sarah et le guide ne m’avaient pas dit, je n’aurais pas su que c’était des cheveux.
C’est leur récit qui me les a fait voir ; j’espère d’une seconde visite de les voir « vraiment », si je peux m’exprimer ainsi. Peut-être trouvera-t-on cette démarche dérisoire, ou un peu maso. Qu’ai-je donc besoin de voir ces cheveux alors qu’il n’est pas rare que je profite de ma déficience visuelle pour éviter des images d’horreur ? Je ne sais pas. J’ai besoin.
Alors, Isabelle, on y va ?

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