Commémoration @18

Camp 2Qui n’a pas déjà vu cette photo qui représente des rails menant à l’entrée d’un camp de concentration, bâtiment plat surmonté en son centre d’un petit mirador ? On voit aussi des barbelés sur la droite mais ces rails, surtout, qui mènent à la mort.
La fin de la route ?
Quand on arrive en navette au camp de Birkenau, après trois heures passées dans celui d’Auschwitz distant de deux trois kilomètres, on reconnaît immédiatement le bâtiment et l’on pense à la photo. On cherche les voies des yeux ; il y en a bien mais pas celles que l’on connaît. On passe sous un porche au centre de ce bâtiment. Et là.
Là.
Les rails de la photo apparaissent. Ils semblent mener loin, à l’orée d’une forêt. Quelque chose ne colle pas. Les rails sont devant, le bâtiment dans notre dos. Le guide nous emmène le long de ces rails. Le soleil tape. Les morceaux peinent à se recoller. On arrive au niveau d’un wagon, abandonné là comme témoin de ces déportés arrivés depuis toute l’Europe jusqu’à ce quai de débarquement.
Destination finale. La mort.
Le guide désigne à l’orée de la forêt un four crématoire un peu à gauche, un autre plus loin à 90 degrés. Il fait un geste large pour expliquer que le train entre dans le camp par la porte que nous avons passée à pied et… On se retourne pour suivre son bras. Le bâtiment, les rails. Elle est là, la photo, non pas prise de l’extérieur du camp, mais de l’intérieur.
On avance jusqu’au monument international, puis quelques pas encore sur la gauche pour affronter ce qu’il reste de la chambre à gaz et du four crématoire attenant. L’émotion atteint son paroxysme. On se pose à l’ombre d’un arbre, les yeux rivés sur ces voies qui vont jusqu’au bâtiment plat par lequel on est entrées.
La photo.
Celui qui la regarde est en fait à deux pas du four crématoire. Il a atteint la fin de la route. Et ce que montre la photo, c’est le chemin de fuite, celui qui permet de quitter ce camp là où l’on imagine depuis toujours qu’elle montre la fin de la route. Une photo à l’envers en somme, qui désigne l’issue que n’ont pas eu les déportés de Birkenau, ni tous les autres.
Fort symboliquement, j’imagine, le visiteur, lui, quitte le camp par un autre chemin, visitant au passage un baraquement reconstitué, s’échappant par une ouverture faite dans le grillage. Il peut s’échapper, lui ; retourner à la vie. Pour les déportés, la fin de la route n’avait pas de sortie de secours.

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