Brosse @36

1132-cecyleJe suis avec grand intérêt quelques pages Facebook du mouvement afroféministe, d’abord parce que je suis noire, aussi parce que l’idée selon laquelle une femme noire subit un double système d’oppression m’est une évidence. Certaines de ces pages sont très assidues à publier des photos de femmes noires pour saluer leur beauté, une beauté très « féminine » au sens de « conforme aux stéréotypes de genre ». La chose m’a toujours surprise, moi qui considère que ledit « féminin » est un moyen particulièrement efficace d’oppression des femmes. Mais, dans la mesure où je ne peux contester l’engagement féministe de ces pages, je les ai observées, sans comprendre mais sans tirer de conclusions hâtives non plus.
Et puis, j’ai lu cet article, relayé par l’une de ces pages, surprise du constat de départ sur foi d’une citation de Rokhaya Diallo : « Les féministes blanches veulent se départir des attributs de beauté que les diktats leur imposent et qui les infériorisent vis-à-vis des hommes. Mais pour les Noires, auxquelles on a toujours dit que leurs traits étaient laids, le fait de se battre pour que ces attributs soient reconnus comme beaux prend tout son sens. Notre revendication est d’affirmer que notre corps est aussi beau que les autres alors que nous sommes invisibles médiatiquement. »
Je n’avais pas imaginé que l’on puisse considérer comme laid le corps des femmes noires ! J’avais bien remarqué l’insistance de certaines femmes à blanchir leur peau, défriser leurs cheveux, voire modeler leur corps à la sauce blanche, souvent au péril de leur santé, mais je n’avais pas associé cela à une lutte contre une laideur supposée, plus une lutte pour une meilleure intégration par une apparence « plus blanche ». Je suis naïve parfois tant je me suis défaite des « diktats » de l’hétéronormativité. Pour le coup, je comprends mieux la démarche de ces pages et de ces militantes féministes. Puis-je pour autant la soutenir ? Je n’en suis pas là mais au moins, je n’en conteste rien.
Resterais-je à jamais une « féministe blanche » moi qui me sens si noire ? Sans doute que oui, ne serait-ce que parce que ma perception de l’être noir n’a forcément rien à voir avec le réel d’une femme noire. Autrement dit, la convergence des luttes ne peut être confondue avec l’identité des vécus. J’ai en outre trop de respect pour les femmes qui s’engagent, trop de colère contre l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste pour ne pas accepter d’être reléguée par celles qui en éprouvent le besoin, la nécessité presque historique, au rang de la petite-bourgeoise blanche parisienne que je suis. Je n’ai pas envie de faire mes preuves, de me justifier ; j’espère que mon engagement et mon écriture le font pour moi. J’espère aussi que nos luttes nous permettront de nous retrouver face à l’ennemi commun, le patriarcat, lui qui a toutes les couleurs de l’adversité.
Profitez de ce billet pour lire l’article que je signale. Il dit beaucoup de ce que nous avons à apprendre les unes des autres parce que s’affirmer « non raciste » ne suffit pas ; il est urgent de le vivre !

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