Galère @3

ArdhisLe 15 juin 2016, je suis allée à la mairie de mon arrondissement rendre hommage à Françoise Buzelin, une militante infatigable au service des étrangers sans papiers au sein de RESF et de la LDH. Mon implication dans ma section LDH est surtout numérique. Je n’avais donc pas de souvenirs d’elle mais il me semblait important d’être là pour accompagner mes compagnons de section que je savais très touchés.
Il y avait du monde dans la salle des mariages, en plus de madame la maire, monsieur le député, quelques élus. L’hommage a commencé. Quelques mots des uns et des autres, des officiels, des militants, un poème et soudain, la voix d’un homme est venue, timide et forte, engluée de sanglots. L’homme a parlé de la manière dont Françoise Buzelin avait changé sa vie en l’accueillant jusque chez elle et en l’accompagnant jusqu’à ce qu’il ait papiers, travail et logement. Son émotion m’a prise au cœur. J’avais des larmes plein les yeux.
D’autres hommages encore, de militants et soudain, la voix d’une femme peu assurée, très vite interrompue par des larmes intarissables. Son récit était plus poignant encore que celui de l’homme, sa situation juridique était un véritable casse-tête, Françoise Buzelin n’a jamais renoncé. Et moi, découvrant la force de cette femme, j’ai encore pleuré.
D’autres hommages pour finir, de militants, un autre poème et soudain, la voix d’une femme plus forte, s’excusant de son français, d’emblée moins sympathique et touchante que les deux précédentes personnes dont Françoise Buzelin s’était occupée. Je l’ai pourtant écoutée, et j’ai pleuré. Pensez ! Elle nous a raconté qu’elle était en zone de rétention quand la militante de RESF est intervenue. Cette femme était séparée de ses enfants et n’avait qu’une seule idée en tête, ne plus vivre.
— Françoise m’a sauvé la vie.
La suite de son récit était à l’avenant, celui d’une vie brisée par un traitement des immigrés et des réfugiés indigne et inique, celui d’une femme qui devait la vie sauve à l’engagement d’une autre qui ne l’a pas lâchée tant qu’elle n’a pas été de nouveau en désir de vivre, condition matérielle acceptable en prime.
Pleurer, c’est bien ; cela prouve que l’injustice me révolte. Agir, c’est sans doute mieux. Je ne peux pas parrainer un étranger car je ne suis pas en capacité de l’accompagner dans ses démarches. Je l’ai toujours regretté. Que faire d’autre ? Je ne sais pas. Deux jours plus tard, j’ai adhéré à l’Ardhis. Pour y faire quoi ? Je ne sais pas mais cela m’a semblé une évidence. Adhérer. Un minimum.

 

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