Lu @15

dustDust, roman policier de Sonia Delzongle, m’a été offert dans des circonstances affectives suffisamment troubles et difficiles pour que je donne aussitôt l’exemplaire au réseau Circul’livre de mon arrondissement. Il y est question de crimes rituels touchant les albinos au Kenya. Sachant que ma déficience visuelle (donc mon albinisme) était le point d’achoppement d’une relation que j’avais rompue, j’avais trouvé le choix du livre déplacé, voire pervers.
Je cherchais l’autre jour un livre à lire sur le serveur numérique de la ville. Dust faisait partie des nouveautés. Il tombait finalement bien, ce roman, puisque je travaille en ce moment à l’écriture de Kito Katoka, enfant de Tanzanie elle aussi victime d’un crime rituel. J’ai donc fait l’emprunt avec l’idée que j’en saurais plus sur ces crimes moi qui avais déjà fait pas mal de recherches.
Dès les cent premières pages, le livre m’a semblé d’une écriture sans style et d’une double intrigue pas si intrigante d’un gore tout à fait inutile ; du sous-Cornwell en quelque sorte, avec une héroïne profileuse qui ne sert pas à grand-chose. J’ai continué à lire en diagonale, en quête d’informations rares sur les crimes rituels. J’y ai trouvé ce que je savais déjà. Jusque là, rien de grave.
Ce qui me paraît l’être, par contre, pour un livre qui semble vouloir rendre visible l’albinisme et ses difficultés, est le déni de l’un des caractères majeurs de cette pathologie : la déficience visuelle et le nystagmus. Le nystag…quoi ? Ce n’est pas plus compliqué à expliquer que la désagrégation des chairs dans l’azote liquide ou les délires eugénistes du descendant albinos d’un pote à Mengele.
Mais non, pas un mot, à part deux des personnages albinos qui ont vocation à « perdre la vue » (trois petites allusions en 450 pages), ce qui est une contre-vérité majeure. Ce qui est cocasse, dans l’affaire, c’est que l’eugéniste veut fabriquer de bons Aryens avec des gènes d’albinos (les siens, bien sûr) ; la preuve s’il en est que l’auteure ignore tout de notre déficience visuelle car, ce que je sais de l’eugénisme, c’est que la race pure ne supporterait sans doute pas que des bigleux règnent sur le monde.
Verdict ? Ce roman, en niant un caractère majeur de l’albinisme et en organisant un massacre qui perd toute crédibilité par sa démesure même, me prouve qu’il y a décidément des personnes, par chez nous, comme on dit, qui ont un douloureux problème avec l’albinisme. Lequel ? Je m’en moque finalement et suis ravie d’avoir su me prémunir d’une dévoration que les crimes rituels préconisent même si je me sens aussi indigeste que le livre.
Ah ! J’allais oublier ; j’ai trouvé également ce roman raciste à l’égard des Chinois : car forcément, la vente en gros de poussière d’albinos à fins de magie animiste, c’est un Chinois, pardon, une Chinoise, qui en est l’inspiratrice et la cheville ouvrière. Non ? Ah ! ces méchants Chinois qui fabriquent des nems avec de la chair d’on ne sait quoi pour s’enrichir sur le dos de notre gourmandise. Foutus clichés !

 

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