Va chez l’gynéco ! @27

La main gauche que je pose sur l’épaule d’Hervé n’est pas réglementaire. Elle est un point d’appui qui réduit ma probabilité de chuter alors que je passe de la position debout à cette position en fente à genou. C’est cela que l’on nomme « adaptation ». Mon programme en contient plus qu’il n’y paraît.

La main gauche que je pose sur l’épaule d’Hervé n’est pas réglementaire. Elle est un point d’appui qui réduit ma probabilité de chuter alors que je passe de la position debout à cette position en fente à genou. C’est cela que l’on nomme « adaptation ». Mon programme en contient plus qu’il n’y paraît.

Une dizaine de jours avant le passage (réussi) de mon UV de jujitsu, le doute régnait intensifié par les tentatives (avortées) des uns et des autres que je passe ce même jour l’épreuve des randoris (ici). J’ai fini par en discuter avec sensei Romuald que je sais être, de tous, le plus sensible à mes soucis d’équilibre et à la peur consécutive. Il m’a promis de ne plus me mettre la pression, de m’aider à me préparer et m’a interrogée sur mon état d’esprit vis-à-vis du jujitsu.
Débarrassée de l’idée des randoris, je me sentais de plus en plus sûre de moi, avec l’idée que si j’étais recalée sur mon équilibre ou l’adaptation que nous avions faite avec Hervé, la fédération française de judo devrait se passer de moi dans la liste de ses ceintures noires. Sensei m’a alors expliqué qu’il n’en serait rien, que mon jury connaîtrait la déficience visuelle mais que, au cas où, un certificat de mon médecin avérant mes déséquilibres et ma non-appréciation des distances pourrait être utile. Il était donc confiant en la capacité d’appréciation du jury… ou presque.
Je suis allée voir mon médecin deux jours plus tard. J’avais réfléchi à la manière de lui présenter la chose et m’étais souvenue d’une discussion que nous avions eue à propos du secret médical. J’avais cherché il y a longtemps à contacter le médecin psychiatre qui soignait mon père craignant le caractère congénital de sa maladie mentale, l’albinisme réservant parfois quelques surprises. Ce médecin m’avait répondu que le secret médical l’empêchait de transmettre ces informations à quelqu’un d’autre qu’à un confrère.
Ma généraliste avait accepté de faire l’intermédiaire m’expliquant être par ricochet elle aussi tenue par le secret médical. Sur la foi des informations fournies, elle m’avait donc rassurée sans rien me révéler de la pathologie touchant mon père. Le rapport avec le jujitsu ? Ma déficience visuelle, ceux de ses caractères qui ont une incidence directe sur mon équilibre et ma non-appréciation des distances ne sont-elles pas des données médicales qu’un médecin ne peut transmettre qu’à un autre médecin, même si je lui donne l’autorisation expresse de l’expliciter à tel ou tel ?
Ma généraliste a confirmé que l’exercice était délicat. Elle s’y est d’ailleurs reprise à deux fois, ne mentionnant pas ma déficience visuelle dans son certificat, indiquant simplement que ma « santé physique » avait des incidences sur mon équilibre et mon appréciation des distances. Nous avons évoqué ces nombreux certificats où l’exercice est encore plus difficile, par exemple quand il s’agit de troubles de l’apprentissage liés à une pathologie physique ou mentale. Comment protéger un enfant, par exemple, lui permettre d’être aidé, avec un certificat destiné à un enseignant, un directeur d’école qui dit la difficulté sans en donner la cause médicale ?
J’ai senti mon médecin réellement en empathie et soucieuse de sa déontologie parce qu’elle protège son patient même si cela rend son travail à elle un peu plus délicat à mener. Grâce à elle, ma réflexion sur le secret médical s’est enrichie, moi qui déjà en faisais une affaire de droit de la plus haute importance. Ce que j’en retiens, c’est que moi, j’ai le droit de dire ce que je veux à qui je veux sur ma santé. Mon médecin, lui, n’a le droit de le dire qu’à moi ou à un confrère. Reste les cas d’urgence, de décisions de survie (ou non) à prendre… Dans mes directives anticipées sur la fin de vie (la) et la désignation de la personne de confiance (lala), j’ai clairement énoncé à qui les médecins auraient le droit de parler. Vous pouvez le faire ; c’est important et, foi de Petit Scarabée, prévoir ce genre de chose ne fait pas mourir. Pensez-y !

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