Peur @8

Caddie judoka[Conversation intime avec Caddie]

Faut que j’arrive à débrayer, Caddie ! C’est un truc pour l’écriture, ça, non, débrayer ?
— Si tu débrayes, c’est la grève, tu n’écris plus !
Tu es drôle, Caddie. C’est de débrayer de la roulette que je parle-là, d’un truc qui me met le moral à plat et ne me quitte pas l’esprit. Je dois rompre le cercle infernal de la turbine, comme le propose la méditation de pleine conscience de Christophe André.
— Ah ! d’accord. Faut que tu craches ta Valda ; c’est ça ?
Oui Caddie. Faut que je crache.
— Je t’écoute.
C’est la suite du passage de la noire. J’ai peur.
— Hum. Hum.
Oui, Caddie, j’ai les pétoches. Je veux bien passer le jujitsu avec Hervé et la technique avec Jean-Mi, j’ai confiance ; mais les randoris… J’ai peur de me blesser.
— Te blesser, hum hum.
Ben oui, Caddie ; tu sais, ce sont des bourrins pour beaucoup. Je n’y crois pas quand sensei me dit qu’ils feront attention et même s’ils font attention… Mais ce n’est pas le plus qui me turbine. On me harcèle.
— Qui ? Quoi ? Où ?
Ah ! Je préfère quand tu ne fais pas ton Lacanien.
Tous, dans le club. Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’il n’y en ait un qui dise « Randori le 28. » ou genre. J’ai failli pleurer jeudi, ils n’entendaient pas. J’en serais presque à les passer ces foutus randoris pour leur faire la démonstration que c’est impossible.
— C’est idiot, Petit Scarabée !
Je te remercie Caddie.
C’est pour ça qu’il faut que je débraye, que j’arrive à les laisser dire en faisant le gros dos. Je m’en moque de la ceinture noire, ce n’est pas ça qui me porte à faire du judo. C’est compliqué à entendre pour eux. Je sens que ce passage, ce n’est pas pour moi que je le fais mais pour ne pas les décevoir, une affaire de loyauté.
— C’est peut-être ça qu’il faut travailler ; le faire pour toi.
C’est compliqué, Caddie ; j’ai peur de me blesser.
— « Te blesser »… Blessure physique ou narcissique ?
Caddie ! Tu vas être privé de commissions si tu continues.
— Même pas cap’ !
Tu as raison, je ne serais rien au supermarché sans toi… ni sur le tatami sans mes partenaires et professeurs. Je réfléchis à faire mienne cette maudite ceinture quitte à mourir en randori, puisqu’on ne me laisse pas le choix !
— Tu n’exagères pas un peu ?
Jamais Caddie, jamais…

Note. Il semble que mon pas-bien qui a justifié cet échange avec Caddie ait touché mes partenaires et professeurs. Sans que je n’aie rien à expliciter, aucun n’a prononcé le mot « randori » au cours suivant, pas même monsieur C ! Sensei n’était pas là ; je lui en parle à la première occasion.

3 réflexions sur « Peur @8 »

    1. Cécyle Auteur de l’article

      Merci de vos encouragements, Vincent ! 😉
      Je pense que ça va le faire samedi pour le jujitsu. Je me sens prête.

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