Villes @7

BordeauxJe déjeune ce samedi 20 février devant un reportage de TF1 consacré à Bordeaux, où plus exactement à quelques-uns de ses acteurs, des policiers, un pilote maritime, des danseurs… Je regarde souvent ce genre de reportages, cela m’ouvre à des mondes qui sont très loin du mien. Et cela me repose tant ce n’est pas très difficile à suivre ; c’est avant tout l’émotion du téléspectateur qui est visée à travers ces parcours personnels, loin de toute analyse.
En général, je ne succombe pas à trop d’émotions, ce samedi pas plus qu’un autre, jusqu’à cette phrase fatidique qui me fait tendre l’oreille puis bondir « [Bordeaux] qui a fait sa fortune au 18e grâce au commerce maritime. » J’attends la suite, soit l’énoncé de la nature de ce commerce. Elle ne vient pas. Comment est-ce possible ? Comment peut-on, en 2016, nier à ce point que c’est le commerce colonial et négrier qui a fait la richesse de ce port, et d’autres, de LaFrance dans son entier d’ailleurs ?
La chape de plomb sur notre passé colonial et esclavagiste, celui-là même qui nous place parmi les grandes puissances mondiales, d’insupportable devient coupable car il y va de cette unité nationale dont nous avons tant besoin. Il ne s’agit pas de se flageller, ou de produire un discours empreint de culpabilité. Il s’agit juste de dire que la « grandeur de LaFrance » doit beaucoup à l’exploitation sans vergogne des richesses et des populations africaines plusieurs siècles durant. Mais de quoi a-t-on peur à entretenir ce déni ? Que cette reconnaissance valide les demandes de réparation de certains descendants d’esclaves aux Antilles ? Que d’autres réclament plus de considération, plus de respect, d’être considéré comme des citoyens à part entière tant leurs ancêtres ont apporté de sueur, de sang, d’or et de larmes à l’histoire nationale ?
Dire au peuple de LaFrance que le racisme institutionnel n’a plus lieu d’être, n’est-ce pas plus important que tous les petits calculs mercantiles ? N’est-il pas temps de rompre avec la logique ségrégationniste instituée au temps des colonies et de l’esclavage ? Si l’on veut faire reculer à long terme le Front national, le racisme et la xénophobie, ce me semble indispensable ; le veut-on ? C’est toute la question.

4 commentaires pour Villes @7

  • Vincent

    En réponse à la fin et concernant le FN :
    Il faudrait bien qu’on le veuille, oui. Ce serait préférable, et l’urgence me semble même dépassée.

    Ce prétendue parti politique, ex-ouvertement fasciste et raciste, mais qui a fait peau neuve, n’est-ce pas, réveille ce qu’il y a de pire dans le cœur de certains humains (en fait, il s’agit plus d’une réaction purement animale… le « summum » étant quand la religion* autorise ces gens à penser que cela est « raisonnable » (pire qu’acceptable, ou désirable, puisqu’il y dès lors une action purement humaine).

    Cela étant, souvent, cela est déjà présent dans le cœur de ces personnes.

    Il ne suffit dès lors plus de s’attaquer au révélateur. Il convient d’apprendre aux gens la tolérance de la diversité, la nécessité, la vitalité de la différence et de la multiplicité (entre autre)… chose dans laquelle l’éducation (avec les moyens qu’on lui donne), malgré ou peut-être à cause de son objectif de normalisation (mais peut-il en être autrement ?), et pour des raisons de politique générale, a failli.
    De fait, ne l’eut-elle pas, elle ne saurait suffire. Quand partout de nos jours les communautés apprennent l’exclusion, que les manipulateurs mentent sur telle ou telle prétendue injustice commise par tel « différent »**. Ce ne sont d’ailleurs pas des actes anecdotiques : il y a la propagande raciste sur internet… et des actes physique, du stade du complot, comme l’incendie volontaire de multiples voitures pour mettre attiser le sentiment d’insécurité (ici).

    Mais il ne faut pas oublier que si un parti d’extrême droite aurait de toute façon existé (ne serait-ce que sous la forme de réminiscence de partis ouvertement fascistes, nationalistes, et prétendument socialistes d’avant (et pendant) la seconde guerre mondiale), celui que nous avons aujourd’hui a grandi entre autres suite aux jeux politiques entre gauche et droite traditionnelles, visant à faire gonfler les voix d’un tiers parti pour en ôter autant à l’adversaire direct. Ce que je ne trouve pas, moi, très responsable. Mais peut-être est-ce un des danger du bipartisme (les gens cherchent des « héros » qui sortent du lot… et le héros détruit nation, peuple…)
    De fait, aujourd’hui, cela ne fait qu’empirer, mais cette fois, car ils tentent de récupérer ces voix, peut-être à jamais perdues.

    * C’est souvent la religion, monothéiste, mais cela peut-être n’importe quelle idéologie de suprématie.
    ** A l’exception de math/science (moyenne, normales saisonnières…) il n’y a selon moi de norme, que la différence. Chaque individu est unique. Chaque personne est exceptionnelle. Cela devrait suffire, même aux fanatiques religieux, non ? Peut-être, en fait, ne le savent-ils pas.

    • Cécyle

      Merci Vincent pour ce long commentaire ! 😉
      A propos de bipartisme, je trouve intéressant de suivre la primaire américaine, chez les démocrates comme chez les républicains, la manière dont l’establishment perd les commandes aux profit de candidats « atypiques » pour le meilleur et pour le pire !

  • vincent

    Mme Clinton est atypique ?
    M. Trump, lui, me fait peur.
    Presque plus que notre marinière.

    Bonne nuit !
    🙂

    • Cécyle

      Je ne pensais pas à madame Clinton ! 😉

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>