Archives mensuelles : février 2016

Pauvres enfants ! @28

CluedoPendant mes dernières vacances, j’ai pris plaisir à plusieurs parties de Cluedo. Mes amis avaient acheté la dernière version, qui a évolué depuis celle de mon enfance. Les grandes lignes sont restées les mêmes, mais il y a divers petits changements. Ainsi, il n’y a plus de colonel Moutarde, mais Moutarde « alias Jacques Poussin ». Les personnages sont tous plus « modernes » : avocate, vedette de cinéma, etc. Leur nom, fameux, est resté, ouf ! Il y a toujours Violet, Rose, Pervenche, Leblanc, Olive…
Le jeu présente même des dessins de ces nouveaux personnages. Et là, le bât blesse plus que la barre de fer (seul arme du crime qui a changé de nom, c’était avant une matraque) : le seul personnage non-blanc est noir. C’est une femme, du nom de Diane Leblanc.
Je ne sais pas ce qui est passé par la tête aux concepteurs de cette refonte d’un classique du jeu de plateau. En tous les cas, outre le goût en soi douteux de cette « touche d’humour » (je ne sais pas comment qualifier cette connerie), c’est affligeant que les enfants puissent y être confrontés, entretenant la bêtise des jeux et clichés sur la couleur de peau. Il y a des coups de chandelier qui se perdent !

Brosse @33

Maire 19Le 27 janvier dernier, j’ai eu l’honneur de recevoir des mains du maire du 19e une « récompense » de l’OMS 19 pour mon engagement bénévole lors d’un tournoi de judo. En plus de mon « diplôme », monsieur le maire m’a remis un tee-shirt et un cadeau. J’ai aussitôt remarqué que la boîte qu’il me remettait était cubique et blanche, comme celles des autres femmes du club, alors que les hommes avaient une boîte noire, parallélépipède rectangle plutôt plat.
Je m’en suis ouverte à monsieur le maire, sachant d’avance qu’il serait sensible à l’argument. Notre échange est ici.
Plus tard, Jean-Mi me demande ce que j’ai dit au maire dont il a remarqué l’amusement. Je lui raconte.
— Elle ne te plaît pas ta tasse ?
— Ce n’est pas la question, Jean-Mi…
Je lui explique, le sexe, le genre, le fait que l’on n’offre pas la même chose aux hommes et aux femmes, symbole de la division des sexes pour leur érection en genre, le sexisme, la domination masculine, etc. Il n’est pas convaincu, mais s’exclame :
— Si j’avais entendu, j’aurais tout de suite échangé nos cadeaux !
Vous comprenez pourquoi je l’aime ce garçon ?
Et d’insister.
— On échange alors ? Je t’apporte l’écharpe mardi.
Une poussière dans les rouages de la domination masculine ? Sans doute. Mais pas n’importe quelle poussière ! Une poussière de judoka ; ça déchire, non ?

 

Caviardage @7

Etat d'urgenceJe dînais l’autre soir avec mes judokas. L’après-midi, j’avais battu le pavé parisien avec la pluie contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Myriam me dit.
— Tu es contre l’état d’urgence ?
— Oui, c’est une mesure privative de libertés.
— Je n’ai pas l’impression d’avoir moins de libertés !
L’argument m’a laissée coite ; j’ai à peine su répondre que c’était sans doute parce qu’elle n’est pas une activiste politique. J’ai aussi bafouillé quelque chose sur la liberté d’association (je savais que le sujet pouvait la toucher). Et l’on s’est arrêtées là.
Je les connais pourtant les mesures liées à l’état d’urgence, assignations à résidence et perquisitions sans contrôle judiciaire, interdictions de manifester selon l’humeur du préfet, alourdissements des peines pour les contrevenants avec, dans les faits, un renforcement de la toute-puissance policière et préfectorale, une définition large du « trouble à l’ordre public », la poursuite et le fichage de militants qui n’ont rien à voir avec le terrorisme… j’en oublie certainement.
Pourquoi n’ai-je pas fait cette liste à Myriam ? À la réflexion, je crois que sa remarque m’a effectivement sciée car je ne l’envisageais pas. Comment, en effet, imaginer que « ne pas avoir l’impression d’avoir moins de libertés » puisse être un argument pour ne pas défendre la liberté dans son principe autant que dans sa mise en œuvre à l’égard d’autrui ? Personne ne conteste le fait que l’état d’urgence est attentatoire aux libertés, pas même ceux qui le défendent, leur argument étant que ces atteintes sont nécessaires à la sécurité.
Cela me renvoie à la fameuse parabole du pasteur Niemöller,

« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
« Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
« Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
« Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

Je la croyais tellement éculée, cette parabole. Elle est criante d’actualité.

Décroissance @40

TéléEn vacances, j’ai dormi dans un hôtel mettant très en avant sa politique de gestion éco-responsable, des serviettes, de l’eau, de l’électricité… Par exemple, il est précisé dans le livret d’accueil de la chambre qu’il est souhaitable de ne pas laisser le mode veille de la télévision.
J’étais d’autant plus d’accord que je ne comptais pas la regarder. À mon arrivée, le poste était en veille. J’ai essayé de l’éteindre avec la télécommande, en vain. J’ai cherché un bouton marche/arrêt, en vain. Il m’a fallu, avec un peu de mal, débrancher le téléviseur.
Au moins, les femmes de chambre ont laissé la télévision débranchée pendant tout mon séjour. Ça doit être ça finalement la gestion éco-responsable.

Lu @14

PizzaLa toute-puissance de la « comm’ » et des chartes graphiques, en plus de poser des soucis de lisibilité, a des effets sémantiques qui ont le don de m’agacer. On supprime la ponctuation, on fait un peu ce que l’on veut avec les majuscules et les capitales, on s’arrange avec les règles typographiques qui pourtant facilitent la lecture, on utilise les mots dans l’ordre qui convient au « visuel » en se faisant fi de la grammaire et l’on obtient la « Pizza 4 saisons Aubergine, courgette et poivron grillés, artichaut. ISSUE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE SURGELÉE ».
À une capitale initiale près, tout allait bien jusqu’à « surgelée » qui ne peut ici que qualifier l’agriculture biologique. En plein réchauffement de la planète, c’est comique en plus de ne produire aucun sens. Cet épicier s’en est-il aperçu ?
PizzaEn cherchant le visuel sur son site pour m’économiser un scan de l’emballage, je remarque que celui-ci n’est pas le même que le mien et que la pizza est devenue surgelée et que l’agriculture biologique a perdu tout qualificatif.
Reste à savoir lequel des deux visuels à cours. Je vous dirai à la prochaine pizza.

Brosse @32

Ma nouvelle coupeComme j’étais en vacances, Cécyle a saisi le billet de ma dernière visite chez le coiffeur. Elle me demande si elle doit mettre un lien vers un précédent billet en s’étonnant que cela fasse six mois que je ne suis pas allée chez le coiffeur. C’est qu’elle a quand même remarqué que je ne me suis pas laissé pousser les cheveux longs.
Elle a raison de s’étonner. Un changement de boutique est intervenu entre ces deux billets. J’allais dans un quartier du centre de Paris. Mais au détour d’une conversation avec des amies, j’apprends que leur coiffeur est Gérard dans son échoppe de « Coiffure masculine » à côté de la station la plus proche de chez moi. J’en suis ravie et c’est chez lui que j’ai retrouvé une connaissance de travail.
Que dit Bidibulle déjà ? L’aventure est au coin de la rue ? Le bon coiffeur est juste avant.

Couperet @9

Helen Zahavi, Dirty week-endDimanche 31 janvier 2016. Le président de la République gracie Jacqueline Sauvage ! Youpi ! Hi hi ! Chouette ! Et voilà que les réseaux féministes s’emballent, annoncent la sortie de prison de Jacqueline Sauvage, une victoire dans la lutte contre les violences faites aux femmes… « Nous sommes heureuses. » dit le Collectif pour les droits des femmes.
Heureuse ? Le suis-je aussi ?
Au fil des heures, ma première réaction à la nouvelle reçue par texto d’Isabelle perd un peu de son éclat.

« Le président de la République, en application de l’article 17 de la Constitution et après avis du ministre de la justice (sic), a décidé d’accorder à Madame Jacqueline SAUVAGE une remise gracieuse de sa peine d’emprisonnement de 2 ans et 4 mois ainsi que de l’ensemble de la période de sûreté qu’il lui reste à accomplir.
« Cette grâce lui permet de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle. » [Communiqué de la présidence de la République]

Nous y voilà. Jacqueline Sauvage s’est vu attribuer une « remise gracieuse de sa peine », ce qui est bien loin d’une « amnistie » que seul le législateur peut accorder (article 34 de la Constitution). Autrement dit, Jacqueline Sauvage n’est ni plus ni moins dispensée de peine mais sa condamnation reste inscrite à son casier judiciaire, son « crime » reste entier, sa condamnation pénale indélébile.
J’avoue que je suis un peu contrariée par la confusion que j’ai pu faire entre « grâce présidentielle » et « amnistie » ; je la connais pourtant, la différence, mais j’avais envie de croire que le verdict de la cour d’assises pouvait être judiciairement sanctionné tant la peine était lourde, et notamment les cinq ans de « période de sûreté » ; mais que craignait-on de cette femme pour lui infliger une telle peine ? Que, sortie trop vite de prison, elle engage une lutte armée contre la domination masculine et en assassine d’autres exécuteurs ?
Cela me rappelle un roman d’Helen Zahavi, Dirty week-end (1991). Je vous le recommande.

 

 

Décroissance @39

Verrine trainDans le train qui me transporte vers mes vacances, je prends au bar un plat cuisiné par un chef. La présentation est sophistiquée, dans un récipient en verre. À la fin de mon repas, je vais au comptoir pour le rendre en annonçant que je pense qu’ils récupèrent ces éléments.
L’agent du bar et ses deux collègues du train à proximité me répondent que non, plus maintenant. C’était le cas jusqu’à il y a deux mois. Ils me disent que les arguments ont été qu’à force d’être utilisé et transporté, le verre s’abîmait. Il me semble que sans remploi, le recyclage est possible, mais une employée me confirme que le recyclage n’est pas non plus organisé.
Les agents m’incitent à garder le récipient en me disant qu’ils le font eux-mêmes pour présenter des verrines. Ils me proposent un sac et me voilà partie avec un grand pot en verre et son couvercle.
Nous sommes tous consternés sachant que le recyclage du verre est particulièrement au point contrairement à celui des autres emballages en plastique que propose ce point de vente. Bien sûr, cette politique de gaspillage voisine avec moult mentions « Bio » pour les desserts proposés au bar. Un courrier à Que choisir serait-il à envisager ? Il me semble.

Question @5

CarottesUn soir, vers 10 heures ; je rentre d’une réunion de l’Observatoire de la liberté de création avec mon pique-nique métro. Une équipe de trois agents de sécurité de la RATP arpente la rame. Deux s’installent debout au niveau des portes derrière moi, le troisième à celle de devant. Ils blaguent. J’entends de la musique. Ils cherchent d’où cela vient. Ils blaguent encore. Puis.
— Hey, le blanc !
L’agent face à moi rit. Blaguent-ils entre eux ?
Une jeune fille assise à mon niveau de l’autre côté de l’allée sort la tête de son téléphone ; elle observe. Elle a l’air inquiète ; je grignote mes carottes sans me retourner, oreilles aux aguets. La rame entre en station. L’agent devant moi file rejoindre ses collègues ; je le suis des yeux.
— Vous allez sortir, monsieur.
Je me retourne. Deux agents ont empoigné fermement un homme et le poussent vers le quai. L’homme est noir. Les deux agents sont blancs. Je suis mal à l’aise. Je ne comprends pas trop ce qu’il se passe. L’homme a l’air éméché. Je comprends que c’est lui qui invectivait les agents. L’homme est sur le quai ; les portes du métro se referment. Il cogne dedans. Les agents sont restés dans la rame. Ils rient de nouveau. Je me retourne. Le troisième que je n’avais pas encore vu est noir. Cela suffit-il à lever ma sensation d’une intervention pas très nette ?
La jeune fille semble comme moi mal à la l’aise. Elle est noire. Je finis ma carotte et m’adresse à elle.
— Excusez-moi, vous semblez choquée ?
Elle hésite à répondre. Elle se décide, d’une voix peu assurée.
— Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé.
— Moi non plus.
— Vous n’avez qu’à leur demander.
— Vous voulez que je leur demande ?
— Oui !
Elle a pris le ton du défi. Je me lève ; j’ai envie que cette jeune fille sache que tous les blancs ne sont pas alliés contre les noirs. Je m’adresse aux trois agents, leur demande le plus poliment que je sais si je peux leur demander ce qu’il s’est passé, expliquant que j’étais de dos, que je n’ai pas compris pourquoi ils avaient sorti cet homme de la rame, que je suis malvoyante, que je veux juste comprendre. L’échange est courtois.
— Il était alcoolisé. Il importunait les voyageurs, les invectivant. Il mettait la musique fort.
Je ne suis pas convaincue, je n’ai entendu qu’une invective. J’insiste.
— Excusez-moi, mais le fait que vous restiez dans la rame donne l’impression que vous le jetiez dehors.
— C’est une peu ça, dit l’un.
— C’est pour votre sécurité, madame, dit le second.
— Merci, monsieur, j’en suis touchée. Mais s’il était alcoolisé, ne prenez-vous pas le risque qu’il tombe sur les voies, à le laisser seul le quai ?
Le second soupire. Le premier prend la relève, très posé.
— Il ne l’était pas trop. Nous l’avions déjà croisé. On a l’habitude.
Je les remercie de leurs explications et retourne m’asseoir. Je ne suis toujours pas convaincue sur la méthode ni sur l’efficacité pour « la sécurité des voyageurs » de cette éviction. Inutile d’en disserter, je ne pense pas qu’il y ait de « bonnes solutions ». Pour autant, je remarque que l’agent noir n’a rien dit. Je me penche de nouveau vers la jeune femme.
— Qu’en pensez-vous ?
— Ils font leur travail.
Elle veut dire autre chose, se tait. Je retourne à mes carottes. Elle revient vers moi pour me remercier d’être intervenue ; je lui réponds que je sais que j’étais en meilleure posture qu’elle pour le faire. Les stations défilent. Elle revient encore me dire quelque chose que j’ai oublié. Prochaine station, Montparnasse. Elle se lève, me dit au revoir ; je lui souhaite une bonne soirée. Elle s’installe devant les portes pour sortir vite ; je reste assise et ne me lève qu’une fois la rame arrêtée. Sur le quai, je cherche ma sortie. La jeune femme s’est engagée dans un couloir. Elle s’arrête, se retourne, fait un pas vers moi puis repart dans l’autre sens.
Qu’est-ce qu’elle a voulu dire sans y arriver ? Je ne sais pas.

Vérité syndicale @19

Media-G.netJe participe à un groupe de construction d’un site Internet. Assez vite, il est question de mettre à disposition des articles de presse. Je rappelle qu’il faut être attentif aux droits des auteurs. Face à moi, tout le monde est perplexe. L’argument est que beaucoup de sites reprennent des articles parfois in extenso. On me charge d’écrire un petit topo sur le sujet.
J’envoie ce texte avec référence ad hoc dans le Code de la propriété intellectuelle à tous les participants. J’ai ajouté des liens explicitant la notion de droit de citation avec des exemples. C’est assez clair.
La séance de travail suivante, la question est évoquée. De nouveau, l’argument que de nombreux sites donnent accès à la lecture d’articles complets est avancé. Je sens bien que ça semble bizarre ce truc de droit de citation. On me demande si c’est pareil si l’article est en pdf.
J’ai pu couper court au débat en rappelant que ce n’est pas parce que beaucoup de gens le font que c’est légal. À chaque fois, j’ai rappelé l’investissement de Cécyle et moi dans Media-g.net pendant plus de dix ans, en respectant scrupuleusement l’esprit et la lettre de la loi, donc le droit des auteurs.