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Bateau @9

IstanbulQuand un attentat est commis dans un lieu que l’on connaît, que l’on a fréquenté, que l’on fréquente, où l’on a des amis, de la famille, l’impact est toujours plus grand, sans doute parce que cela accroît la proximité avec le terrible événement. Je me souviens très bien de l’obélisque de Théodose, à Istanbul, là où une bombe a tué dix personnes le 12 janvier. Nous y sommes passées, les quatre jours que nous étions cet été dans cette ville, en moyenne une dizaine de fois par jour ? Plus ou moins ; qu’importe ! Notre hôtel était à trois rues et la place Sultanahmet était un passage obligé pour toutes nos visites. Nous aurions pu être ces touristes morts ou blessés, comme nous aurions pu être ces Parisiennes tuées ou blessées le 13 novembre dernier.
Nous aurions pu. Nous n’avons pas été. Nous serons peut-être un jour. Je ne sais pas. Je n’ai pas changé mes habitudes à Paris mais je ne retournerai sans doute pas à Istanbul, sans que cet attentat n’y soit pour rien. Cette ville, sur les trois lieux de notre séjour estival, est sans doute celle qui m’aura laissé le moins de traces. D’Athènes, je garderai les trottoirs défoncés, les cafés glacés pleins de mousse et le petit musée consacré à Melina Mercouri. Je sais, au pied de l’Acropole, cela peut être étrange mais c’est comme ça. Mélina m’a plus émue que les Cariatides.
Quant au bateau… Ah ! le bateau. Il a monté de quelques crans mon désir de changer le monde et a déclenché l’écriture de Fragments d’un discours politique, texte qui m’est aujourd’hui majeur et qui trouve sa première traduction dans la rubrique « + 7 » de mon site inaugurée début janvier. C’est déjà énorme. Mais il y a encore mieux ! Le bateau m’a donné le goût de regarder le lever du jour, d’aller dérouler avant qu’il ne survienne pour en savourer les premières lueurs, faire ma gym en regardant le soleil se lever.
N’est-ce pas le plus précieux, le jour qui se lève ?
L’aurore.

Bateau déroulé