Pauvres enfants ! @27

Magazine de la santéEn novembre dernier (des fois, je note des sujets de billet et le temps passe…), « Allô docteurs », sur France 5, consacrait une émission à la maladie d’Alzheimer. Il y avait là, outre les deux animateurs, un médecin spécialisé du sujet et une femme atteinte de la maladie.
En général, sur ce sujet, les personnes qui témoignent sont plutôt des proches de malades, ou des malades en tout début de pathologie. Là, cette femme était présentée comme ayant atteint une phase avancée de la maladie. Elle s’exprimait très bien mais avec un débit parfois hésitant, comme quelqu’un qui cherche ses mots, voire ce qu’elle souhaite dire.
— La maladie est arrivée quand vous aviez quel âge ? demande Michel Cymes.
Elle réfléchit. Il lui laisse le temps.
— Je ne sais plus.
— Et c’était il y a longtemps ?
— C’était… quelques années, je crois.
Cette femme était très émouvante. On sentait les efforts qu’elle faisait, sa volonté de parler, de témoigner de sa maladie, de ses souffrances non physiques mais émotionnelles. Interrogée sur la manière dont sa famille vivait la chose, elle a pris un ton grave.
— Mes enfants n’acceptent pas.
J’en suis déconcertée. Comme peut-on dire à quelqu’un qui est malade, « Je n’accepte pas ta maladie. » ? Car c’est bien ce que ses enfants renvoient à cette femme ; les animateurs le lui font répéter, expliquer. Elle raconte que sa plus jeune fille, elle, accepte d’en parler, de l’écouter, pose des questions. Ses deux autres enfants, eux, font comme si de rien n’était et refusent tous les changements dans le comportement de leur mère, les lui reprochent même. C’est ce que je comprends. Je ne sais pas, bien sûr, la réalité des choses mais cette femme exprime alors une telle souffrance !
— Mes enfants n’acceptent pas.
Elle le redit plusieurs fois. Je peste devant ma télé et rumine contre ses foutus enfants.
Sans doute que ma réaction est liée à ma propre souffrance devant celles et ceux qui « n’acceptent pas » ma déficience visuelle, considèrent qu’elle n’existe pas, la dénient par des « ça ne se voit pas » et autres « tu es tellement autonome ». Nier la maladie, le handicap, ne les ont jamais fait reculer. Et même si je peux comprendre que la souffrance de ceux que l’on aime nous est insupportable, est-ce vraiment une raison d’en rajouter ?

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