Couple @9

mariage Petit Mouton Lapin crétinDans le cadre de mes Fragments d’un discours politique, je travaille (entre autres) sur l’amour, opposant « l’amour bourgeois » (celui qui relève de l’avoir), à un amour que je qualifie volontiers de « libertaire » en peinant autant à la définir qu’à le vivre. J’ai en tête toujours, cette formule de Jacques Lacan « Aimer, c’est donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » C’est toujours un peu confus, mais cette idée d’un don impossible (d’un amour impossible) a toujours attisé ma curiosité avec l’idée qu’il y avait là matière à sortir des « amours enjuguées » que l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste nous sert à toutes les sauces pour nous asservir là où cela est censé nous faire du bien.
Je cherchais la référence de cette phrase de Lacan et suis tombée sur un article très intéressant de Sandrine Malem [« Lettres de rêves », Che vuoi ?, 2011/1 (35), ici] qui présente un livre de Jean Allouch, L’amour Lacan (EPEL, 2009). Elle en cite le prologue dont l’intégralité est .

« On appellera “amour Lacan” cette figure de l’amour où le caractère limité de l’expérience amoureuse s’est manifesté. Aimer ainsi vaut comme une figure inédite de l’amour. Elle mérite un nom. S’il n’y a nul au-delà de cet amour-là (l’analyse n’en est pas un), il y a, en revanche, un nouvel amour, celui qui saurait jouer pleinement le jeu de sa propre limite. Un mot, fort simple, pourrait approcher la teneur de ce jeu : aimer, c’est laisser l’autre être seul. Effectivement seul et cependant aimé. Un tel amour n’unifie pas, ne fabrique pas du “un”, n’en déplaise aux mânes d’Aristophane ; il ne permet pas davantage d’“être à deux”. Qu’advient-il donc à l’aimé ? Il est aimé, mais pas pour autant d’un amour qui porterait atteinte à sa non moins précieuse solitude. Aimé, il pourra s’éprouver non aimé. Non aimé, il pourra s’éprouver aimé. Ce qui se laisse abréger ainsi : il aura obtenu l’amour que l’on n’obtient pas. »

« (…) aimer, c’est laisser l’autre être seul », perspective un peu rude, sans doute, mais qui pose la question de la liberté respective du sujet aimé et du sujet aimant. À chacun d’y réfléchir… et je poursuis mes recherches en interrogeant maman, grande lacanienne s’il en est (son travail est lala), qui me renvoie à un texte de Jean-Paul Ricœur [« Lacan, l’amour » in : Psychanalyse 2007/3 (10), lalala] qui donne l’origine de la formule et conclut par cette autre formule de Lacan :

« L’amour comme réponse implique le domaine du non-avoir. Donner ce que l’on a c’est la fête, ce n’est pas l’amour… »

J’adore !

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