Sainte Marie Joseph @12

PrixSainte Marie (Joseph), c’est fini (j’ai bien sûr mis « Joseph » entre parenthèses pour faire la rime). C’est fini. Ou pas. Normalement, cela doit l’être et, pour ce dernier jour en forme de bilan, en plus de l’orthoptiste, de la psychomotricienne et du kinésithérapeute, j’ai vu le psychologue et le médecin, force émotions et rebondissements à l’appui.
En prévision de ce jour, j’avais en réserve une question pour le psychologue. Je me suis rendu compte que chaque fois que je suis dans l’obligation d’annoncer ma déficience visuelle à fins de demander de l’aide ou de l’indulgence, je commence ma phrase ou la ponctue par « Excusez-moi ».
— Excusez-moi, je suis malvoyante ; je n’arrive pas à lire le prix. Pouvez-vous m’aider ?
C’est une formule de politesse, bien sûr, et je pourrais inverser les termes de ma phrase.
— Excusez-moi, pouvez-vous m’aider ? Je suis malvoyante ; je n’arrive pas à lire le prix.
Ainsi, c’est du dérangement que je m’excuse et non de ma déficience visuelle. Mais, dans le feu de l’action, il n’est pas toujours aisé de bien construire sa phrase et puis, mine de rien, c’est bien ma déficience visuelle qui me fait demander de l’aide sauf à considérer que ce sont les étiquettes qui sont écrites trop petit. J’en suis convaincue. Ce n’est pas mon sujet (quoi que).
J’avais depuis quelques semaines envie d’en parler avec le psychologue. Il a d’emblée souligné que quand on s’excuse, en ce genre de circonstance, c’est une formule qui dit le contraire de ce qui est énoncé. Personne ne s’excuse vraiment de déranger un vendeur dont le travail est justement d’aider à l’achat tout consommateur. Au contraire ! Cet « excusez-moi » vient le rappeler à ses obligations en une forme socialement acceptable ; il permet en fait de s’imposer en faisant mine d’être désolé de le faire.
Dont acte. Mais je me cherche toujours une autre formule. Ce séjour à Sainte Marie Joseph, en ce qu’il a mis en évidence que ma déficience visuelle est plus importante que je ne le pensais et, dans le même temps, que mes stratégies d’adaptation sont, pour le coup, de nature identitaire (bien au-delà de comportements et attitudes, elles me définissent en tant que sujet), m’a radicalisée considérant que cette double révélation agit (pour l’instant) comme facteur excluant.
Autrement dit, prendre conscience de la gravité de ce que je ne vois pas et de ce que je développe pour y suppléer fait que je me sens particulièrement étrangère au monde, même si j’ai les capacités d’y faire illusion. Il m’est difficile d’être plus explicite. Cela viendra. Pour l’instant, j’éprouve un grand sentiment de solitude qui n’a d’égal que mon désir de la sublimer dans une pensée et une action politique qui se nourrissent de ce décalage.
Aussitôt, je remarque que j’ai là la même réaction que celle que j’ai eue sur le bateau.
Vous croyez au hasard ? Moi non.

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