Archives mensuelles : octobre 2015

Déo @15

FSGL-rentreeLors de la rentrée des associations de la FSGL le 13 septembre dernier, j’ai eu l’occasion de parler inclusion avec un président d’association sportive LGBT. Il s’agissait de promouvoir les choix inclusifs de Paris 2018, et notamment d’envisager avec qui voulait la participation de personnes en situation de handicap aux compétitions.
Je me présente. Je présente la démarche en trois phrases et d’emblée me heurte à un mur. Le sport en question n’est pas adaptable (ce que je sais être faux) et, de toute façon, ce monsieur a des choses plus intéressantes à faire que de s’intéresser aux handicapés. Cela je peux le comprendre et je préfère encore quelqu’un qui le dit clairement à de bonnes âmes qui ne feront rien tout en tenant un discours contraire.
Mais il y a une chose que je n’admets pas, c’est la condescendance avec laquelle cet homme m’a parlé. Suis-je mesure de donner une phrase, un mot, en exemple ? Bien sûr que non. Le sexisme est quelque chose qui se ressent avant même que les actes ne suivent, quelque chose qui se ressent quand on est une femme. Une manière de parler, le ton d’une voix, une façon de regarder ailleurs, de toiser peut-être… Je ne sais même pas l’exprimer.
Je m’en suis ouvert auprès du garçon qui m’accompagnait. Il n’avait évidemment pas senti la même chose. Puis auprès d’autres personnes, femmes et hommes, connaissant mon interlocuteur. On a compati, arguant de son caractère, principalement. Son caractère ? Non, son sexisme. J’insiste. J’insiste plus encore car nous étions en « terrain LGBT », terrain d’où tout sexisme devrait être exclu.
Un représentant de la FSGL n’a-t-il pas défendu le « sport féminin » lors de notre soirée « Femme en sport » comme un sport exempt de compétition car la compétition serait une « valeur masculine » ? On n’est pas couchés !

Objectivement @26

Écolo, poil au dosAlors que je fais mes courses dans le supermarché en face de chez moi, je vois deux caisses ouvertes, l’une face à l’autre. Une personne attend à une caisse et plusieurs à l’autre, plus proche de l’intérieur du magasin. Je décide de me mettre dans la plus grande file, la considérant comme si c’était une seule pour les deux. La personne derrière moi fait pareil, mais une femme un peu âgée arrive et nous double. Je lui fais remarquer qu’il n’y a qu’une file. Elle proteste en arguant que ce n’est pas organisé comme ça.
S’ensuit un échange auquel se mêle une autre femme, passant à la même caisse, juste devant elle. Il en ressort que je n’ai rien compris. J’argumente et évoque une façon juste d’attendre à la caisse. Les deux femmes m’expliquent comme si j’étais un peu bête qu’il y a plusieurs files, car d’ailleurs quand il n’y en a qu’une, des poteaux la balisent. J’ai droit à plein d’exemples de l’organisation dans divers magasins du coin. La seconde femme me dit que j’ai raison en ce que les deux files ne sont pas bien indiquées. La première n’a comme proposition que de me faire passer devant elle, donc de doubler les gens devant moi, ce que je refuse.
Au final, l’argument-choc de deux femmes est d’affirmer que dans tous les supermarchés de cette chaîne, il y a une file par caisse, donc dans ce magasin aussi. CQFD pour elles. Avec la jeune femme derrière moi et la caissière, nous partageons la même désolation quant à cet échange.
J’ai pensé très fort, sans chercher à aller plus loin dans l’échange, que les personnes, en l’occurrence les consommateurs comme les employés, peuvent changer la façon dont les magasins imposent une organisation. Il est possible de ne pas subir. En tous les cas, je suis passée à la caisse et partie du magasin avant les deux femmes à l’autre caisse. CQFD pour moi !

Sainte Marie Joseph @14

marronCe mardi, je suis rentrée du judo des larmes plein les yeux. La journée avait été bonne, le cours de judo plutôt agréable jusqu’aux dix dernières minutes consacrées aux randoris.
Ces combats d’exercice, surtout en version debout, n’ont jamais été ma tasse de thé car justement, debout je ne tiens pas et je tombe souvent avant même d’avoir pu engager ce que je sais faire. Je ressens beaucoup de frustration et d’impuissance. Alors, souvent, je zappe, jouant un peu la fatigue.
Mais ce mardi, j’y suis allée vaillamment, ce d’autant que le 29 novembre prochain je dois passer l’épreuve des randoris de la ceinture noire. Je dois donc m’exercer à m’adapter à mes partenaires, pas chercher à gagner, juste montrer ma capacité à attaquer et à bien réagir aux attaques.
Sur les quatre randoris du soir, j’en ai fait un avec Jean-Mi et un autre avec sensei Romuald. C’est surtout le premier qui m’a fait sentir les larmes monter, le second confirmant mes sensations sans les exacerber. N’allez surtout pas croire que Jean-Mi a été rude ou peu attentionné ! Au contraire même ! Il sait que je dois travailler et fait tout ce qu’il sait pour me mettre en difficulté sans m’accabler et me laisser des ouvertures.
Pourtant, j’ai senti mon impuissance et mes déséquilibres avec une force qui m’a blessée. Sans doute que je m’y croyais un peu trop après mon stage à Sainte Marie Joseph. Je le sais, pourtant, que je ne tiens pas debout, que je dois faire avec, que je dois construire mon judo autour de cela. Mais me retrouver quatre fois les fesses par terre après une chute qui ressemble plus à un affaissement qu’à une belle chute avant m’humilie. C’est fréquent pourtant. Mais je ne m’y fais pas.
Je vais aller passer l’épreuve des randoris le 29, peut-être le jiu-jitsu (mais cela m’étonnerait que je sois prête) et je déciderai selon la manière dont cela se passe si je persévère ou pas. D’ici là, je risque d’avoir d’autres retours à pleurer sur mon pique-nique dans le métro et dois me préparer autant à réussir qu’à devoir affronter l’inéluctable échec.
Est-ce que c’est possible ? À l’instant, je l’ignore. Il va pourtant falloir que j’y croie.
Hajime !

Note. J’ai écrit ce billet il y a presque deux semaines. Depuis, j’ai pris ma décision après d’autres randoris malheureux : je ne passerai pas cette épreuve ; j’ai atteint ma limite. Et la ceinture noire alors ? Mirage…

marron

Bonheur @23

Petit Poisson— On a un nouveauuuuuuuuu copaiiiiin !!! C’est Petit Poisson, qui s’appeeeeelle aussiiii Bidibulle !
— Petit Mouton, sais-tu que Petit Poisson est un poisson combattant ?
— Ça veuuuut diiiire qu’y jouuuuuue attaaaaquant ?
— Oui, Petit Mouton. Tu peux aller chercher ta bouée canard pour qu’on joue au foot dans la baignoire.
— Youpiiiiii !!!!!

Petit Poisson en gros plan

Bigleuse @62

BagatelleJ’avais écrit en janvier dernier à l’élu en charge du handicap à la Ville (Bernard Jomier, il mérite bien un peu de publicité) à propos de l’accessibilité visuelle des nouvelles corbeilles de rue qui portent le joli nom de « Bagatelle » (Isabelle adore) ! Il ne m’avait pas répondu, trop occupé sans doute à régler les problèmes d’accessibilité à Paris ; une gageure !
La publication sur la page Facebook de « No love Locks » qui milite activement contre ces « cadenas d’amour » qui symbolisent les amours enjuguées d’une photo montrant une « bagatelle » attaquée par des amoureux pourfendeurs de l’ « amour Lacan » et de la salubrité publique (aucun lien entre les deux, forcément !) m’ont fait écrire de nouveau à cet élu avec l’idée, que peut-être, il me répondrait.

« Monsieur,
« Je vous ai écrit le 29 janvier 2015 pour attirer votre attention sur le défaut d’accessibilité visuelle des nouvelles corbeilles de rue (ci-joint). Vous n’avez pas pris la peine de me répondre. J’ai cru un temps qu’il s’agissait d’une négligence de votre part, ou d’un manque d’intérêt pour les déficients visuels.
« Je dois aujourd’hui vous présenter mes excuses pour vous avoir fait un tel procès d’intention puisque mieux que me répondre, vous avez mis en place une solution d’accessibilité d’une rare pertinence et créativité. Vraiment, c’est sublime (je vous en joins une photo-souvenir) et je ne peux que louer votre sens du recyclage de l’amour en cul-de-basse-fosse.
« Je vous dispense cette fois de me répondre ; de telles actions doivent vous demander tant d’énergie. Préservez-vous !
« Avec ma sincère componction. »

J’ai mis en copie de ce mail l’élue de mon arrondissement en charge de la voirie et de la propreté, Sylvie Lekin. Elle m’a répondu dans l’heure, invitant une conseillère technique de l’élue en charge de la propreté au niveau de la Ville, cette fois, à se pencher sur la question. Celle-ci a mis près d’un mois à me répondre mais sa réponse est précise, soucieuse du service public et de l’intérêt général, subtile, intelligente donc délicieuse. La voici.

« J’ai bien pris connaissance de votre sollicitation au sujet des nouvelles corbeilles de rue dites « Bagatelle ».
« Je peux vous confirmer que l’installation à Paris de 30 000 exemplaires de ce nouveau mobilier (équipé d’un éteignoir) vient de s’achever et qu’il n’est pas à l’ordre du jour de déployer un nouveau modèle.
« Pour autant, j’ai bien pris note de la difficulté que la couleur grise des corbeilles et des sacs poubelles peut représenter pour les déficients visuels.
« À ce jour, je souhaite vous informer qu’une réflexion est en cours pour expérimenter de nouvelles couleurs de sacs poubelle, permettant de rendre plus visibles sur l’espace public (et donc davantage utilisés ?) ces réceptacles de propreté.
« Je ne manquerai pas de vous informer des suites qui pourraient être données à cette expérimentation.
« Bien à vous, »

Merci madame.

Grand homme @20

Blog Cy en vitrineNotre Cécylou c’est une staaaaaar ! Y a son nooooom de staaaar partouuuut sur des voituuuuures et dans des vitriiiiines ! On est bien d’accooooord que c’est la pluuuuus meiiiilleure écriiiivauteuuuuure !
– Petit Mouton, j’crois qu’tu t’es emmêlé les mots dans ton enthousiasme. C’est écrivaine ou auteure.
– Petit Koala, notre Cécylou est touuuuut les deuuuux à la foiiiis !
– Petit Mouton, t’as raison. Nous aussi on va demander une plaque, pour mettre sur le vélo d’Isabelle.

Blog Cy gît K

Couple @9

mariage Petit Mouton Lapin crétinDans le cadre de mes Fragments d’un discours politique, je travaille (entre autres) sur l’amour, opposant « l’amour bourgeois » (celui qui relève de l’avoir), à un amour que je qualifie volontiers de « libertaire » en peinant autant à la définir qu’à le vivre. J’ai en tête toujours, cette formule de Jacques Lacan « Aimer, c’est donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » C’est toujours un peu confus, mais cette idée d’un don impossible (d’un amour impossible) a toujours attisé ma curiosité avec l’idée qu’il y avait là matière à sortir des « amours enjuguées » que l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste nous sert à toutes les sauces pour nous asservir là où cela est censé nous faire du bien.
Je cherchais la référence de cette phrase de Lacan et suis tombée sur un article très intéressant de Sandrine Malem [« Lettres de rêves », Che vuoi ?, 2011/1 (35), ici] qui présente un livre de Jean Allouch, L’amour Lacan (EPEL, 2009). Elle en cite le prologue dont l’intégralité est .

« On appellera “amour Lacan” cette figure de l’amour où le caractère limité de l’expérience amoureuse s’est manifesté. Aimer ainsi vaut comme une figure inédite de l’amour. Elle mérite un nom. S’il n’y a nul au-delà de cet amour-là (l’analyse n’en est pas un), il y a, en revanche, un nouvel amour, celui qui saurait jouer pleinement le jeu de sa propre limite. Un mot, fort simple, pourrait approcher la teneur de ce jeu : aimer, c’est laisser l’autre être seul. Effectivement seul et cependant aimé. Un tel amour n’unifie pas, ne fabrique pas du “un”, n’en déplaise aux mânes d’Aristophane ; il ne permet pas davantage d’“être à deux”. Qu’advient-il donc à l’aimé ? Il est aimé, mais pas pour autant d’un amour qui porterait atteinte à sa non moins précieuse solitude. Aimé, il pourra s’éprouver non aimé. Non aimé, il pourra s’éprouver aimé. Ce qui se laisse abréger ainsi : il aura obtenu l’amour que l’on n’obtient pas. »

« (…) aimer, c’est laisser l’autre être seul », perspective un peu rude, sans doute, mais qui pose la question de la liberté respective du sujet aimé et du sujet aimant. À chacun d’y réfléchir… et je poursuis mes recherches en interrogeant maman, grande lacanienne s’il en est (son travail est lala), qui me renvoie à un texte de Jean-Paul Ricœur [« Lacan, l’amour » in : Psychanalyse 2007/3 (10), lalala] qui donne l’origine de la formule et conclut par cette autre formule de Lacan :

« L’amour comme réponse implique le domaine du non-avoir. Donner ce que l’on a c’est la fête, ce n’est pas l’amour… »

J’adore !

Hoax @5

Kiné remplacéDe temps en temps, je reçois des textos de spam sur mon portable, souvent avec des indicatifs de pays étranger. Je m’en méfie et les signale toujours au 33700. Mais là… mercredi midi, j’ai reçu un texto que je qualifierais d’étrange faute de mieux. Curieux… insolite… mystérieux…
L’indicatif +590 indique qu’il vient de Guadeloupe.

« Le cabinet Kiné du [n° de rue]* r Montparnasse vous informe que [prénom nom]* est remplacée. Vous pouvez prendre rendez-vous en appelant le 01 43… »

Première surprise : même si ce cabinet n’est pas loin de chez moi, je n’y suis jamais allée. Je ne vois donc pas bien comment il aurait pu récupérer mon numéro de téléphone.
Je fouille un peu avec Google. Le nom de la kiné « remplacée » (partie en Guadeloupe ?) correspond à une kiné qui exerce à cette adresse mais avec un autre numéro de téléphone, celui-ci étant celui d’une autre dame toujours à la même adresse. Quelle énigme ! à laquelle s’ajoute la synchronicité : comment cet envoyeur de texto depuis la Guadeloupe sait que je cherche un kiné (du sport, conventionné, sans dépassement, dans le 14e…) ?
Allez savoir…

* Je rends anonyme le texte du message.

Extravagance parisienne @20

Blog recharge d'humainsPlusieurs églises parisiennes ont des pratiques de communication assez originales. Récemment, j’ai assez apprécié l’humour technophile d’une église rue Saint-Antoine : un panneau avec des pictogrammes de batterie comme sur portables et tablettes, avec un slogan « Ici, on recharge les humains ».
Ça m’a fait sourire, mais si j’étais dans la rubrique « Réclamation », j’aurais écrit au ministère de l’Intérieur pour me plaindre de publicité mensongère.

Régis @19

BoudhakarathaiVous savez déjà que les matins où je vais courir, je m’arrête sur la dernière passerelle de mon parcours pour faire la triangulation avec mes tours. Je les salue de la main à l’aller, salue également la grue envolée (celle qui a emporté ma-Jeanine), le Soleil qu’il soit caché ou non, la Lune quand je la vois, et le vent frais du matin. Je fais la dernière boucle et reviens. Je m’arrête, salue de nouveau mes hôtes, un salut debout de judoka, cette fois. Je me pose. J’ouvre les paumes, la gauche pour Eiffel, la droite pour Montparnasse. Je respire. Je me détends et quand le triangle se forme, je murmure les formules magiques qui m’apaisent.
Ce matin-là, quand j’arrive à l’endroit de la triangulation, un homme est là, pile dans mon coin de triangle. Je salue mes hôtes d’un petit signe par-dessus son épaule, espérant qu’il ne soit plus là à mon retour. Espoir déçu. Il y est. Ce n’est pas la première fois que quelqu’un occupe mon coin du triangle. Jusqu’à ce jour, je me suis toujours excusée auprès de mes tours, promettant de les recroiser dans la journée.
Cette fois, je n’ai pas renoncé ; je me suis installée quelques mètres sur la droite de l’homme. Il était habillé en habit traditionnel africain. Je me suis campée sur mes pieds cherchant à faire un triangle ; mes tours ont participé à l’ajustement, elles ne sont pas coincées du degré. J’ai pris le temps de me poser, d’oublier la présence de l’homme, et ai entamé doucement mes paroles et gestes de lustration.
— Boudhakarathaï… Boudhakarathaï… La joie, lanmou…
J’ai entendu l’homme s’approcher. Je n’ai pas bougé et ai continué. Au moment où j’ai remonté les paumes vers le ciel pour saluer les ancêtres, l’homme s’est mis à marmonner.
— Qu’est-ce que tu fais ? Qu’est-ce que tu fais ?
Il y avait un mélange d’inquiétude et de curiosité dans le ton de sa voix. Il a redit « Qu’est-ce que tu fais ? », a tourné les talons et est parti d’un pas rapide. J’ai terminé la triangulation sans tourner la tête. Depuis, je garde l’intime conviction qu’il savait intimement ce que je faisais avec un souvenir amusé de sa présence.
Un bambara ? Peut-être…