Bateau @7

Port d'ÉphèseAlors que nous attendons à Roissy l’embarquement dans l’avion qui doit nous mener à Istanbul, un policier arrive, un passeport à la main, un homme sans aucun bagage à main à sa suite. Le policier fait asseoir l’homme et va voir le personnel d’Air France en train d’organiser l’embarquement. Discussion. Talkie-walkie. Téléphone. Discussion. Talkie-walkie. Attente. Arrivée d’un membre d’équipage par la passerelle. Discussion. Attente. Talkie-walkie. Attente.
J’entends des bribes de conversation. Je comprends que l’homme va être expulsé. Il est serein. Le policier est plus nerveux. Je surveille ce qui se passe. Je voudrais aider cet homme à ne pas monter dans l’avion. C’est idiot. Il ne demande rien. Il embarque le premier, sans violence. C’est la première fois que j’assiste à une expulsion. Je suis mal à l’aise. Je ne saurais dire pourquoi. Le principe sans doute.
Dix jours plus tard, le bateau est à quai dans un port turc. Nous devons appareiller à 22 heures. Pour assister à la manœuvre, nous nous installons sur le pont juste au-dessus de la passerelle. Deux agents de la sécurité du bateau sont là. Ils nous disent que nous attendons quatre passagères pour partir. Une arrive, puis deux. La dernière enfin. Elle est en retard. Elle ne court pas. Elle monte à bord. Allons-nous partir ?
Nous suivons le ballet des remorqueurs. Le paquebot sur l’autre ponton part avant nous. Sur celui où notre bateau est amarré, il y a beaucoup d’allées et venues. À l’évidence, on attend quelqu’un, ou quelque chose. Nous formons des hypothèses de série B en scrutant le bout du ponton, tentons de suivre les conversations entre l’équipage, la sécurité, les personnels du port. Les téléphones font échos aux talkies-walkies. Mais que se passe-t-il ? Le capitaine donne un passeport à un homme venu de terre. Il le lui rend. Le passeport circule de main en main. Le temps passe. Il est presque minuit quand une passagère passe la passerelle avec ses bagages. Elle quitte le bord. Le capitaine lui donne un courrier. Elle lit puis le lui rend. Il donne le courrier et le passeport à l’homme venu du port. Ils s’en vont. La passerelle se lève. Nous partons.
En discutant avec d’autres passagères qui attendaient avec nous, on comprend que c’était la même femme que celle qui est rentrée la dernière. On l’aurait vue à un autre moment titubant dans les couloirs, comme droguée. En recollant les morceaux, nous comprenons qu’elle a été expulsée du bateau peut-être pour une affaire de stupéfiants. Nous n’en saurons jamais plus. Je suis toujours aussi mal à l’aise. Je ne saurais pas plus dire pourquoi. Le principe, sans doute.
Avec cette dernière remarque : deux expulsions en dix jours de vacances ; ça fait beaucoup, tout de même ! Air du temps ?

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