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Bateau @2

JumellesLa veille de ce matin où s’est imposée l’idée que je devais faire sauter ce bateau, je lisais Despentes au bord de la piscine dans de confortables canapés. Petit Mouton et Petit Koala scrutaient l’horizon pour apercevoir Isabelle en visite sur l’île. Nous étions en Crète. J’étais bien. Le bateau était très calme. Ma lecture était un régal. Je savourais, regardant un instant l’onde étale, quand une pensée espiègle est venue surtitrer le joli tableau.
— Je serais aussi bien à Charleville-Mezieres.
En quoi, en effet, mon plaisir de lire Despentes dans un bon canapé serait-il différent si j’avais été à Charleville-Mezieres, ou ailleurs ? Qu’est-ce qui faisait mon bien-être à cet instant ? La qualité du livre, bien sûr. Le confort de l’endroit. Le souffle de vent léger qui apaise le trop de chaleur. La présence de Petit Mouton et de Petit Koala. La perspective de retrouver Isabelle et nos amies à déjeuner. Oui, la somme de tout cela.
Mais le bateau ? Qu’est-ce que ce bateau, l’île de Crète, le room service (Antidote, peu formé à l’anglais, propose « Rom service » ; je l’adore) et les sept cents lesbiennes présentes ont apporté à ma lecture ? Je ne sais pas, à part une chose peut-être. Dès le deuxième jour de croisière, j’ai pensé que si les autres voyageurs étaient sept cents hétéros, l’expérience aurait été d’emblée insupportable. Mais je sais qu’il y a des lesbiennes, à Charleville-Mezieres ; c’est par la librairie de cette ville qu’a été commandé le premier exemplaire de Once upon a poulette. Il va falloir que j’y aille en pèlerinage.