Paris @31

Cabinet en faceL’autre nuit, j’ai été réveillée aux alentours de 4 heures 30 du matin par des éclats de voix dans la rue.
— Ouvrez ! C’est la police.
En échos, les vociférations étouffées d’un homme. Je me lève. Par la fenêtre ouverte, je vois des personnes s’affairant autour du cabinet médical en bas, sur le trottoir et dans la pelouse attenante. J’arrive à suivre les injonctions de ce que je comprends être la police à l’intention de cet homme qui vocifère toujours d’un ton qui me donne l’impression qu’il relève plus de la psychiatrie que de la police.
Je vais chercher mes jumelles (les grosses !), me place à un mètre en retrait de la fenêtre. Avec ma lumière éteinte, j’espère passer inaperçue. Les policiers sont cinq, deux femmes et trois hommes. Deux restent en faction devant la porte, main à la ceinture. L’un toque et demande toujours à l’homme d’ouvrir. Les trois autres sont dans l’herbe, l’un plaqué contre le mur, un second à quatre pattes sous la fenêtre, le troisième va et vient.
Un petit quart d’heure passe. À force de manœuvres que je ne perçois pas, un policier arrive à ouvrir la première fenêtre ; il s’y engouffre, un second suit aussitôt, puis deux autres. Une policière reste dehors. L’homme à l’intérieur crie de plus en plus fort. Les policiers couvrent sa voix puis, d’un coup, un grand silence.
Je remarque alors une personne qui s’est approchée sur le trottoir. Je l’entends dire à la policière.
— Laissez-le. Il ne fait rien de mal, il est juste saoul.
Ils discutent, je n’entends pas tout. Puis, elle, de nouveau.
— Nous devons intervenir… effraction. Rentrez chez vous ; laissez-nous faire notre travail.
Il finit par partir. La porte s’ouvre ; les quatre policiers sortent avec un homme qui se débat, vocifère plus fort encore. Un policier referme la porte à clé derrière lui. Fin de l’histoire.
Deux jours plus tard, je croise le voisin qui est intervenu que j’ai reconnu à sa dégaine ; c’est le p’tit gars gentil du premier qui abandonne ses pipes à eau dans l’escalier ce qui complique ma descente quand je vais dérouler. Je l’interpelle et lui demande si c’était bien lui qui était là. Il acquiesce. Je m’inquiète alors du sort de cet homme.
— Je l’ai vu à l’instant. Mais vous le connaissez ! Il fait le ménage chez le médecin. Il était saoul, il a juste oublié de faire le code de l’alarme.
— J’ai pensé qu’il était entré pour des médocs. Il n’avait pas l’air bien.
— Non, non. Il est juste alcolo. Il travaille là. Des fois, il y dort. Je l’ai dit à la police, pour pas qu’ils le frappent. Il était juste saoul.
— Il n’y a pas eu effraction alors ?
— Ben non, il avait les clés !
Morale de l’histoire ?
Je la laisse à chacun.

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