Bateau @1

BateauÀ l’instant où j’écris ces lignes, je suis attablée devant un porridge délicieux dans la salle de restaurant d’un magnifique bateau de croisière. À travers les baies vitrées, le spectacle est magnifique : nous sommes ancrés au cœur de l’archipel de Santorin, en Grèce. De l’eau claire, un ciel d’azur, des îles et des îlots aux roches volcaniques d’une rare richesse géologique. Un avion de l’OTAN ou d’une autre armée fend le ciel. Autour de moi, le personnel de bord s’agite. On m’apporte un autre thé. On me sourit à tout propos. Mon assiette vide aussitôt disparaît. Je vais chercher un bagel, j’ajoute quelques fruits frais. Tout n’est que calme, luxe et satiété. Et l’évidence m’apparaît pour la seconde fois depuis ce matin : il n’y a qu’une chose raisonnable que je doive faire ; inviter chacun à rejoindre les canots et faire tout péter.
Isabelle m’a bien dit tout à l’heure que ce n’était justement pas raisonnable. Mais que faire d’autre ? J’ai bien pensé à une grève de la faim, ou quitter ce bateau et rentrer chez moi… C’est d’ailleurs la première pensée que j’ai eue en me réveillant à 6 heures pour dérouler sur le « running track » : rentrer chez moi. Ce bateau est cathartique. Il est plus qu’un temple de la consommation. Il est ce monde qui va dans le mur, ce monde qui nous détruit sous couvert de nous gaver, ce monde qui fait risette aux pauvres pour mieux engraisser les riches, ce monde qui s’exprime en superlatifs pour mieux camoufler le vide absolu dans lequel il nous plonge un peu plus chaque instant.
C’est la fin du service du petit déjeuner. Un membre de l’équipage me demande si tout va bien, si je ne suis pas dérangée par le bruit lié au rangement. Il me confirme que je peux rester, m’apporte un thé, et branche son aspirateur. Et moi qui n’ai jamais supporté le bruit d’un aspirateur ! J’ai envie d’embrasser ce garçon, lui dire que ce bruit de ménage m’est un délice, qu’il me tire les quelques larmes qu’il me reste à verser pour aujourd’hui.
Oui, je suis dans un cadre idyllique dont beaucoup rêvent, magnifique, extraordinaire, avec les plus chères de mes amies et j’aime cet aspirateur autant que j’ai envie de rentrer chez moi ou de faire sauter ce bateau. La catharsis est totale. Je prends conscience que je vais rentrer encore plus étrangère au monde que je ne l’étais déjà. Plus seule encore ? C’est ce qui me fait le plus mal.

2 commentaires pour Bateau @1

  • vincent

    Pourquoi plus seule ?

    • Cécyle

      Parce que ce que je défends va à l’encontre de l’opinion majoritaire et de la pensée dominante. Parce la différence exclut… albinos… lesbienne… anarchiste… ; cela me range d’emblée dans la catégorie des emmerdeuses pour beaucoup. J’en suis fière mais quand je déjeune avec mes judokas, que j’adore ; je me sens parfois bien seule à les écouter et à choisir de ne pas intervenir.

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