Adieux… @21

Mamy CharlieFin juillet, je suis retournée au cimetière de Thiais avec Sarah. Plutôt que d’apporter des fleurs, nous avons apporté des graines, que nous avons semées au vent dans le champ où sont d’ordinaire dispersées les cendres. L’endroit est forcément fertile et trois jours de pluie ne pouvaient qu’avoir ameubli la terre.
Je ne sais pas qui a eu cette idée, Isabelle, Sarah, moi ? C’est Françoise du jardin partagé qui a fourni les graines. Il faisait un peu frais. Il y avait du vent. Les graines n’ont pourtant pas volé comme dans la poésie de Victor Hugo. J’avais l’idée d’une grande gerbe de graines. C’était moins spectaculaire mais très émouvant.
Nous avons peu parlé avec Sarah. Nous étions trop dans l’émotion de cet instant près de ma-Jeanine et de « nos morts » venus assister à la scène (les curieux !) pour que les mots sortent. Je n’avais même pas pensé faire ce billet. Puis ma mère m’a appelée ce dimanche, six jours plus tard. Elle avait fait la route la veille, 750 km, un 1er août ! Dans le bon sens heureusement…
Ma grand-mère était mourante. Elle a dormi avec elle. Elle était sereine, m’a-t-elle dit, avec juste une perfusion et un tube d’oxygène dans le nez. Nous avons parlé de son enterrement (imminent ou pas ?), enterrement auquel je n’irai pas. Les histoires de familles sont très compliquées. Il y aura de la violence à cet enterrement, du ressentiment. Je n’en serai pas témoin, pas complice.
Je veux que l’histoire s’arrête, ne pas la reproduire avec ma mère. J’irai plus tard au cimetière avec Isabelle, en Bourgogne. Cela me fait penser qu’il faudrait un jour que j’aille sur la tombe de mon père, dans l’Hérault. Je n’y suis jamais retournée depuis son enterrement. Je ne m’en sens pas encore la force. Mais un jour, j’irai.
Je sens les larmes venir. Pleurer. Il faut que je pleure. Mamy est encore en vie. Pour combien de temps ? Une minute ? Une heure ? Un jour ? Une semaine ? Un mois ? Plus encore ? Qu’importe ! La vie vaut chaque seconde. Et à Thiais, les graines s’ancrent dans le sol. Il fait plus chaud à Paris. Je sais qu’elles vont fleurir.
J’ai raconté à maman ces graines que nous avons semées à la volée. Elle a trouvé l’idée belle.
Elle l’est.
À la volée… Cela me rappelle une chanson. Mon Petit Oiseau… Vas-y, Jo, chante !

Ne rêve pas Mamy, je ne vais pas pour autant me marier ! Je préfère doucement pleurer.

 

2 commentaires pour Adieux… @21

  • Daniel

    Cécyle,
    Un très beau témoignage avec toute ta sensibilité. De tout coeur avec toi.
    Le chant « A la volette » m’a rappelé mes premières années scolaires, avec les paroles un peu différents.
    Grosses bises

    • Cécyle

      Merci Daniel.
      Mamy va mieux ce matin (elle a eu une infection suite à une fausse route). Elle est sacrément résistante !
      Et c’était quoi les paroles que tu chantais ?
      Je t’embrasse

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