Archives mensuelles : août 2015

Ailleurs @15

Chapeau vacancesVoilà ! C’est les vacances ! On part avec Isabelle et Cécyle pour un long voyage à travers les airs et les mers.
— Youuupiiii !
J’suis d’accord. On dit où on va ?
— Suuurpriiiiseeeee !
Toujours d’accord. Si on peut, on vous donnera des nouvelles sur la page Facebook de Cécyle. Et n’soyez pas surpris : sur le blog, on coupe les commentaires ; on les rouvre à la rentrée. Tu te souviens quand on rentre, Petit Mouton, j’l’ai pas noté ?
— Noooooon ! Paaaaass reeentreeeer ! Paaartiiiir !
Ok copain. Si on ne rentre pas, ne vous inquiétez pas ; c’est que l’on aura atteint le nirvana !
— C’eeeest fooooot ?
Encore mieux que ça, Petit Mouton, c’est super but. On dit au revoir ?
— Kiiiisssoouuuus !
Des bisous et à plus !

Sainte Marie Joseph @10

« Die Angst des Tormanns beim Elfmeter »… Cela y ressemble !

« Die Angst des Tormanns beim Elfmeter » ? Cela y ressemble !

Cette dernière semaine (avant mes vacances) de stage en bigleuserie s’est finie en beauté, avec l’idée que j’ai entre les mains tout ce qu’il faut pour gérer mes déséquilibres, vivre en totale harmonie avec ma déficience visuelle qui n’est définitivement pas un handicap mais une part essentielle de mon identité.
Mercredi, l’orthoptiste, en deux exercices sur papier (relier des points ; repérer des figures parmi de multiples autres) m’a confirmé que mes stratégies visuelles s’appuient sur des stratégies kinésiques particulièrement efficientes. Nous avions identifié cela avec Isabelle et maman quand nous avons travaillé sur Tu vois ce que je veux dire. Cette confirmation est venue me rappeler, comme beaucoup de petites et grandes choses durant ce stage, que je suis bigleuse, non pas au sens où je vois mal, mais au sens où je fonctionne, je pense, j’agis, j’éprouve (j’aime ?) avec ma déficience visuelle comme déterminant principal, manière d’être encore plus que de voir.
Ce mercredi toujours, j’ai appris avec l’ergothérapeute à reconnaître les pièces de centimes d’euros et à utiliser le mobilier de ma cuisine et de ma salle de bains pour assurer mes appuis. Des trucs très utiles ! Puis est venu vendredi. L’après-midi a commencé avec une séance de locomotion. J’avais apporté une question sur le « Cédez le passage cycliste » dont je n’avais pas compris le fonctionnement. Je vais pouvoir travailler sur la réponse dès ma prochaine balade. Après cela, j’ai dit au revoir à ma copine de salle d’attente (on s’est collé la bise) et est venue ma séance de psychomotricité.
Nous avons fait le point sur les acquis de ces sept semaines puis avons travaillé de nouveau la chute avant yeux ouverts par-dessus une ceinture… puis par-dessus une couverture… roulée d’abord… étalée sur cinquante centimètres de large ensuite. Autant la semaine dernière l’exercice m’avait épuisée, autant cette semaine il m’a mise en joie, heureuse et fière de la récidive ; émue aussi par cette psychomotricienne qui fait partie de ces gens capables de donner la force d’aller plus loin, le courage. L’envie ?
Oui, l’envie aussi car comment passer outre un « blocage », conscient ou inconscient, élucidé ou obscur, si l’on n’en a pas le désir ? C’est si confortable, finalement, de s’accrocher à ce qui coince, à ce qui fait mal plutôt que de prendre le risque d’aller au-delà (dans l’au-delà ?) Où va me mener cette chute avant si je me propulse bien haut ? Vais-je m’envoler ? Et là où je vais atterrir, est-ce toujours la Terre ?
Ne croyez pas que j’exagère la question. Cette chute avant à travers le bouclier de monsieur Spock est tellement symbolique ! Et je suis heureuse d’avoir pu vivre cette expérience avec « ma » psychomotricienne de Sainte Marie Joseph. Je sais qu’elle a partagé ma joie ; au-delà de sa compétence, c’est sans doute cela qui la rend si remarquable ; sa sincérité.
Pour finir la séance, nous avons parlé de là où je dois aller, et dont j’ai très peur (mais pourquoi je pleure en écrivant cela ?) ; les douze techniques d’attaque du jujitsu. Elle m’a expliqué que plus j’en aurai peur, plus je douterai, plus je serai en déséquilibre. Elle a raison, je le sais. Durant nos séances, quand j’évoquais une peur, elle me la faisait toujours décortiquer pour en mesurer le caractère subjectif, arguant du plaisir que l’on pouvait avoir à se projeter dans une dimension inconnue. Car c’est bien de cela dont j’ai peur : me projeter là où je perds le contrôle. Mais qu’est-ce que je risque ? L’inconnu ? L’échec ? Et alors ?
Je n’ai de toute façon pas le choix. Merci madame la psychomotricienne de me l’avoir si admirablement rappelé.
Hajime !


Les 20 techniques imposées de JU-JITSU (DVD FFJDA)
 

À table ! @24

"Eating Animals"Je profite que Petit Mouton est parti en vadrouille avec ses copains pour évoquer quelques réflexions et un livre. Depuis déjà longtemps, je m’interroge sur ma consommation de viande. Même si je reste carnivore, la question des conditions d’élevage et d’abattage me semble de plus en plus impossible à nier. La souffrance animale, si ce n’est la cruauté, m’oblige à interroger mon comportement alimentaire.
Eating animals de Jonathan Safran Foer est un livre particulièrement intéressant. C’est le texte d’un homme devenu végétarien qui s’est ensuite interrogé sur les multiples conséquences factuelles de l’élevage, essentiellement pour la viande, mais aussi pour d’autres produits (lait, œufs). Il ne prêche pas, mais présente des faits, des recherches, des analyses sur ce qui est devenu une industrie où l’animal est traité, le plus souvent maltraité, rationnellement dans l’objectif d’augmenter des profits.
Aujourd’hui, par goût, par culture, je n’ai pas passé le cap du végétarisme. Toutefois, je mange de moins en moins de viande. Je privilégie la consommation de poisson (bien que les dommages de la pêche industrielle me freinent parfois aussi). En tous les cas, je pense que manger un animal ou en ce qui en provient n’est pas anodin.
L’agriculture n’est pas exempte de travers avec des conséquences dommageables (pesticide, etc.) et il est bien difficile de cerner, puis de mettre en œuvre, ce qui serait une consommation véritablement « éco-responsable ». Reste que je chemine vers une plus grande prise de responsabilité. Je ne sais pas si je ferai le chemin inverse de Safran Foer en analysant puis devenant complètement végétarienne. En revanche, je sais que mon interrogation sur mes choix alimentaires est largement ouverte.

Sainte Marie Joseph @9

BNFAForte de mes apprentissages à Sainte Marie Joseph, je suis partie pour m’occuper de quelques petits soucis d’adaptation que j’ai négligés jusqu’alors. Après l’acquisition d’une webcam, je me penche de nouveau sur l’acquisition d’un smartphone (je lorgne sur un vieux Samsung S2 ou S3, si vous en avez un qui dort au fond d’un tiroir, faites-moi signe…) qui fera office de loupe électronique, de GPS piétons et, qui sait, de téléphone.
C’est dans ce contexte que Sarah m’a passé Vernon Subutex, le dernier Despentes. J’ai lu quelques lignes, me suis d’emblée régalée moi qui, jusqu’à présent, n’avais guère apprécié son écriture romanesque. J’ai pensé alors le lire en numérique, sur Tranquille. Le roman m’intéressait ; c’était l’occasion rêvée de tester la lecture sur tablette portée par un désir de lire (qui ne m’est pas si fréquent).
Je tiens tranquille une demi-heure, sans fatigue ; sur papier, je tiens quinze à vingt minutes et en ressors les yeux explosés. Le bonheur ! Et si je me remettais un peu à lire ?
Je me souviens alors avoir eu des mots avec l’association BrailleNet qui cogère la BNFA et propose ainsi Tu vois ce que je veux dire aux déficients visuels. Au début, ils me payaient chaque année des droits d’auteur. Puis est intervenu un changement de législation : les auteurs et éditeurs sont contraints de mettre à disposition gratuitement à des associations accréditées les manuscrits pour qu’ils soient adaptés aux déficients visuels.
La nouvelle législation me prive de droits d’auteur, ce que je ne comprends pas. Je veux bien que les fichiers soient mis à disposition d’associations qui les rendent accessibles. Mais pourquoi les déficients visuels seraient privés du droit de payer les livres qu’ils lisent, en les achetant ou via le droit de prêt, les deux ouvrant rémunération de l’auteur ? Par charité mal placée ? Parce qu’ils sont tous pauvres ? Parce que, quand même, ces pauvres petits gn’handicapés… Allez savoir !
J’ai donc trouvé le site qui met ces livres à disposition, avec l’idée de profiter d’un système qui me spolie de mes droits ; une manière, au final de me rémunérer. D’emblée, je constate que le site est en blanc sur noir ; il m’explose les yeux mais c’est comme ça, il paraît que les bigleux aiment cette forme-là. Pas moi. Je m’inscris et tente de charger un pdf ; j’ai un message d’erreur. Je dois demander une clé que je paie 20 euros pour lire les pdf ; « protection du droit d’auteur », argue mon interlocuteur, qui me confirme ensuite que je ne pourrai pas transformer les pdf en ePub afin d’avoir un véritable confort de lecture.
Sachant que ces braves gens sont seuls à décider du contenu de leur catalogue et que seul un ouvrage sur trois semble disponible au format texte (le reste est en sonore), que leur site n’est pas adapté à tous les bigleux, que je ne pourrai pas lire leurs fichiers au format que je veux, tout cela à cause de ces mécréants d’auteurs qui veulent que d’autres mécréants protègent leurs droits sans les rémunérer, j’ai demandé ma désinscription immédiate du site. Les « marchands de handicap », commerciaux ou associatifs, sont décidément des gens infréquentables !

Adieux… @21

Mamy CharlieFin juillet, je suis retournée au cimetière de Thiais avec Sarah. Plutôt que d’apporter des fleurs, nous avons apporté des graines, que nous avons semées au vent dans le champ où sont d’ordinaire dispersées les cendres. L’endroit est forcément fertile et trois jours de pluie ne pouvaient qu’avoir ameubli la terre.
Je ne sais pas qui a eu cette idée, Isabelle, Sarah, moi ? C’est Françoise du jardin partagé qui a fourni les graines. Il faisait un peu frais. Il y avait du vent. Les graines n’ont pourtant pas volé comme dans la poésie de Victor Hugo. J’avais l’idée d’une grande gerbe de graines. C’était moins spectaculaire mais très émouvant.
Nous avons peu parlé avec Sarah. Nous étions trop dans l’émotion de cet instant près de ma-Jeanine et de « nos morts » venus assister à la scène (les curieux !) pour que les mots sortent. Je n’avais même pas pensé faire ce billet. Puis ma mère m’a appelée ce dimanche, six jours plus tard. Elle avait fait la route la veille, 750 km, un 1er août ! Dans le bon sens heureusement…
Ma grand-mère était mourante. Elle a dormi avec elle. Elle était sereine, m’a-t-elle dit, avec juste une perfusion et un tube d’oxygène dans le nez. Nous avons parlé de son enterrement (imminent ou pas ?), enterrement auquel je n’irai pas. Les histoires de familles sont très compliquées. Il y aura de la violence à cet enterrement, du ressentiment. Je n’en serai pas témoin, pas complice.
Je veux que l’histoire s’arrête, ne pas la reproduire avec ma mère. J’irai plus tard au cimetière avec Isabelle, en Bourgogne. Cela me fait penser qu’il faudrait un jour que j’aille sur la tombe de mon père, dans l’Hérault. Je n’y suis jamais retournée depuis son enterrement. Je ne m’en sens pas encore la force. Mais un jour, j’irai.
Je sens les larmes venir. Pleurer. Il faut que je pleure. Mamy est encore en vie. Pour combien de temps ? Une minute ? Une heure ? Un jour ? Une semaine ? Un mois ? Plus encore ? Qu’importe ! La vie vaut chaque seconde. Et à Thiais, les graines s’ancrent dans le sol. Il fait plus chaud à Paris. Je sais qu’elles vont fleurir.
J’ai raconté à maman ces graines que nous avons semées à la volée. Elle a trouvé l’idée belle.
Elle l’est.
À la volée… Cela me rappelle une chanson. Mon Petit Oiseau… Vas-y, Jo, chante !

Ne rêve pas Mamy, je ne vais pas pour autant me marier ! Je préfère doucement pleurer.

 

Annonces @16

Cy JungDe temps en temps, je trie ma bibliothèque. Je me sépare de quelques livres, certains de mes années d’études (celles de ma jeunesse, pas les plus récentes). À force, il ne m’en reste plus beaucoup de cette période.
Récemment, j’ai mis en vente un livre acheté il y a une vingtaine d’années, assez pointu en philosophie. Deux jours plus tard, un acheteur : l’un de ses deux coauteurs, qui se trouve être un des profs que j’ai eus en DEA, obtenu il y a dix-huit ans… Au moins, j’aurai fait un heureux qui a récupéré un de ses livres épuisés. Voilà un tri qui a fait du bien à tout le monde.

Sainte Marie Joseph @8

cameraJe vous ai déjà parlé de l’orthoptiste, à propos de champ visuel (ici). Depuis cette séance, trois ont été consacrées à divers essais de matériel, téléagrandisseurs et loupes électroniques. Je connais les premiers à travers celui de la médiathèque () ; je ne savais pas grand-chose des secondes. Je commence par elles.
J’en ai essayé trois modèles (ceux dont les batteries n’étaient pas vides…) pour arriver à la conclusion que les éclairages n’étaient pas uniformes, qu’ils surexposaient la feuille (donc m’éblouissaient à travers elle), qu’elles étaient grosses et lourdes (le double de poids d’un smartphone), que la mise au point en aveugle bras tendu n’était pas gagnée (l’idée était de m’en servir par exemple pour lire les étiquettes électroniques au supermarché, étiquettes dont je ne peux me rapprocher). Les loupes proposées valent entre 250 euros et 800 euros. Une misère, surtout pour un appareil peu fonctionnel et encombrant.
Côté téléagrandisseurs, outre leur encombrement, ils ont toujours ce sale défaut de grossir « comme une image », contraignant à un balayage horizontal pour une lecture en gros caractères. C’est donc très inconfortable pour une lecture de longue haleine. J’ai envie, depuis un certain temps, d’un agrandisseur sur pied utilisant l’écran de mon ordinateur. J’ai pensé webcam aussi, sans me pencher sur la question. L’idée là est d’avoir une « super loupe » qui me permette un accès rapide à quelque chose que je ne lis pas (la composition d’un produit, une boîte de médicament, un article du Grevisse…)
L’orthoptiste me dit alors qu’elle a ce qu’il me faut. Elle me présente un téléagrandisseur sur pied qui fonctionne en « plug and play » sur n’importe quel écran. Il est dans une jolie boîte, se déplie de manière encore plus complexe que le bras de Robocop quand il doit attraper la main d’une femme à sauver, s’installe facilement, se guide avec une télécommande qui est un non-sens ergonomique (carrée, gros boutons de couleur avec des indications illisibles, un joystick central tellement sensible qu’on dirait un clitoris asticoté depuis des heures…) L’image est celle d’un téléagrandisseur, lignes coupées dès que le texte dépasse une colonne de dix centimètres. Un pur bonheur donc.
— Et combien vaut ce joli jouet ?
— 4000 euros.
Une autre misère ! Deux dans la même journée, c’est de la gourmandise.
Je suis rentrée chez moi assez en colère contre ces « marchands de handicap » qui fabriquent des produits inadaptés qui valent un bras ! Déjà quand les yeux manquent, ça fait beaucoup d’y laisser à chaque fois un membre qui ne servira même pas à confectionner un grigri tanzanien. Je me suis connectée sur un site marchand qui ne paie malheureusement pas ses impôts en France (ce n’est pas bien, mais j’étais en colère) et me suis acheté une webcam à 50 euros. C’est si jouissif de gagner 3950 euros en trois clics !
J’ai reçu la webcam. Je peine un peu à me trouver le logiciel adapté et elle a les mêmes défauts du téléagrandisseur quand le texte est large mais mon-Pierre est sur le coup. Il va m’aider. En attendant, j’ai, pour 50 euros, une jolie webcam sur pied qui me permet de lire en deux clics la publicité du « grand médium voyant sérieux efficace et puissant Salimou » trouvée dans ma boîte. Entre partisans d’une « voyance claire », on s’entend !