Lesbienne @15

CNRS le journalStéphanie Arc, journaliste, connue pour ses engagements auprès de SOS Homophobie et ses publications de qualité sur les idées reçues et les clichés (voir sur son site, ici) a publié fin juin une tribune pour CNRS le journal, « Lesbiennes : en finir avec les clichés », que vous trouverez . L’introduction de son texte pose une question, fondée sur ce que j’apparente à une remise en cause de l’identité lesbienne. Je cite : « Selon l’opinion commune, les femmes qui ont des rapports homosexuels s’avèrent donc fondamentalement différentes des autres femmes. Mais cette affirmation est-elle conforme à la réalité ? »
Je me considère, lesbienne, comme « fondamentalement différente des autres femmes ». Et cette affirmation est conforme à ma réalité. J’affirme ainsi qu’il existe une identité lesbienne, construite en effet autour de clichés et d’idées reçues, ceux et celles que je m’approprie ou que je rejette et viennent, par le fait, nourrir ma « culture lesbienne ».
Stéphanie Arc développe son propos sur l’idée que les lesbiennes ont « des profils multiples », une « pluralité de vécus », arguant qu’il n’existe pas « une » lesbienne mais « des » lesbiennes. Bien sûr. Mais en quoi cela serait en opposition avec un autre présupposé (présenté comme négatif) de cette analyse (en introduction toujours) : « Sa sexualité devient alors ce qui la définit : le socle de son identité. »
Oui, ma sexualité (mon orientation sexuelle, plutôt) fait partie de ce qui me définit. Oui, elle est « le socle de mon identité » (au moins une partie puisque je suis aussi une femme, une albinos, une amblyope, etc.) Et si chacune de nous est une lesbienne unique, parce que chacune de nous est une personne unique, il n’en demeure pas moins que notre homosexualité nous construit d’une certaine manière, qu’elle nous place dans un certain rapport aux autres et au monde, qu’elle produit une culture, des habitus, s’appuie sur des représentations communes et même, se cherche des représentations communes (par exemple au Salon du livre lesbien où Stéphanie était présente).
Ceci pour dire que je comprends la démarche de Stéphanie Arc, autant que la nécessité de condamner les idées reçues, les clichés, les discriminations, les stigmatisations, tout ce qui exprime la lesbophobie qui, je le rappelle, n’est pas une construction individuelle mais un mode d’oppression propre à l’ordre social hétérosexiste, raciste et bourgeois. Pour autant, je m’interroge. À force de vouloir rendre les lesbiennes conformes à la norme, n’est-on pas en train de nier l’identité lesbienne dans un processus d’acculturation destructeur de ce qui fonde le désir homosexuel ?
Je crois que vous connaissez ma réponse à cette question…

 

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