Sainte Marie Joseph @6

Feu piétonDans le cadre de ma prise en charge à la fondation Sainte-Marie, j’ai eu une évaluation en « locomotion ». Bigre ! Allais-je apprendre à marcher ? Cela m’a rappelé, en souriant, une remarque de monsieur C quand je me plaignais de ne pas tenir debout : « Il suffit de poser les pieds par terre. » Si seulement ! Peut-être qu’en fin de compte « poser les pieds par terre » ne suffit également pas à marcher ?
Au premier rendez-vous, j’ai répondu à une batterie de questions sur mes déplacements : ce que je fais, ne fais pas, mes difficultés, mes craintes, les aides dont j’ai besoin, … Il a été beaucoup question d’équilibre aussi, avec cette sentence :
— Peut-être devrez-vous utiliser une canne de déplacement pour gérer les reliefs.
Oups !
Au deuxième rendez-vous, mon cas s’est aggravé. Nous sommes parties en balade pour que la psychomotricienne poursuive son évaluation in situ. Le test était biaisé car j’habite tout près de la fondation, au point que le parcours proposé m’a menée devant chez moi. Ce n’était pas l’idéal pour me mettre en situation de difficulté réelle. J’ai donc bien pris soin, sur un chemin que je pourrais faire les yeux fermés, de me comporter comme si je le découvrais, marquant les arrêts, décryptant ce que je vois, ce que j’anticipe, mesurant les risques…
— Vous ne traversez pas en sécurité ! Il va falloir travailler ça.
Oups !
J’ai aussitôt appelé Sarah et Isabelle, toutes les deux aussi surprises que moi. Ni l’une ni l’autre n’avaient cette impression. Et moi, j’étais blessée. Ce n’était quand même pas à mon âge qu’on allait m’apprendre à traverser, moi qui fais si attention ! Les jours suivants, lors de mes balades, je me suis observée. J’ai fait deux constats : je vais vite ; je ne peux pas toujours affirmer quand je traverse que je sais si je peux le faire « en sécurité ». Il allait donc bien falloir que j’apprenne…
Saloperie !
Au rendez-vous suivant, nous sommes reparties en balade, dans un coin que je connais moins. D’emblée, j’ai dit à la psychomotricienne que cela avait été dur d’apprendre que je ne sais pas traverser.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit !
— C’est ce que j’ai entendu.
— J’ai dit que vous ne traversez pas « en sécurité ».
Au fil des rues, nous avons fait le détail de ce que je vois ou pas, sais faire, prends le soin ou non de faire ; je lui ai dit que j’avais conscience d’aller vite.
— Posez-vous…
C’est vrai que dans « psychomotricité », il y a « psycho »…
— Prenez le temps de regarder. Il vous faut du temps pour regarder.
Oui, j’ai compris ça chez l’orthoptiste. Et j’ai remarqué aussi en ergonomie analytique que souvent je ne prends pas le temps, que c’est ce qui me fait commettre des erreurs d’appréciation.
— Sinon, vous savez faire.
Ouf !
Cette histoire de « prendre son temps » me rappelle des conversations avec ma-Jeanine. Son état de santé l’obligeait à ralentir ses gestes, sa vitesse de marche, à y aller « à l’économie ». Cela la mettait en rogne et, quand elle me voyait faire quelque chose, elle me mettait en garde.
— Un jour, tu verras, tu vas devoir ralentir ! Prépare-toi.
Elle pensait à l’âge. Moi aussi. Cela fait longtemps que je sais que je vais souvent trop vite. Maintenant, je sais que je dois apprendre à aller plus doucement. Ma vie en sera-t-elle plus courte ou plus longue ? J’aime la question.

4 commentaires pour Sainte Marie Joseph @6

  • Hedge Hog

    Aller plus lentement….heu… c’est quand est ce prévu pour….???
    Aller vite.. un comportement naturel qui pour moi va être difficile à induire au contraire.
    Prendre son temps oui mais ça dépend dans quel domaine si par exemple pour traverser une rue il te suffit de quelques secondes auditives et sensitives pour analyser ton entourage ça va être difficile de faire autrement et sans doute si j’y arrive personnellement le naturel reviendra vite au galop…
    Prendre son temps…. le temps de la réflexion et je suis déjà de l’autre côté de la rue par exemple.
    Je ne veux pas faire mon emmerdeuse mais il faudra quand même que l’on m’explique pourquoi et bien étayer le comment il faudrait que je change ce qui marche depuis des années et qui de toute façon ne m’évitera pas forcément l’accident.

    • Cécyle

      Vous êtes forcément armée plus que d’autres pour traverser une rue avec plus de sécurité que la moyenne des personnes valides. Après, c’est à vous de décider si vous avez envie d’en savoir plus sur la gestion de votre propre sécurité ou non. Votre vie vous appartient.

      • Hedge Hog

        Bien sûr que j’ai envie d’en savoir plus bien sûr que je suis curieuse de tout ce que je ne sais pas encore bien sûr qu’il y aura à en prendre à en laisser, bien sûr que je suis devant l’évidence que de toute façon il faut que je me bouge pour avoir tous les instruments et parades pour gérer une situation de handicap qui s’accentue et se dégrade lentement mais sûrement (pour le coup c’est lent).
        C’est juste que je me sens de plus en plus fragile et vulnerable quand je pense toujours gérer mais que ça ne marche plus pareil.

        En fait je relirais mon écrit après mon stage il me paraitra j’espère étrange de l’avoir écrit…

        • Cécyle

          Je ne suis pas en situation d’avoir la vue qui baisse. Je suis née avec la macula d’une DMLA (une des aspects ignorés de l’albinisme). Je peux perdre la vue, car toutes les maladies liées à l’âge me guettent ; l’albinisme ne m’en protège pas. Je sais que je m’adapterai plus facilement car j’ai 56 ans d’adaptation derrière moi.
          Ceci pour dire que je comprends ce que peut représenter une perte progressive d’autonomie sans la ressentir. Je peux juste vous dire que ce stage va vous bousculer parce qu’il faut mesurer sa fragilité et sa vulnérabilité pour pouvoir les transcender. C’est un passage obligé. Mais si vous vous mettiez au judo, vous devriez vivre la même chose 😉 La déficience visuelle oblige juste à quelque chose que d’autres choisissent o non de vivre.
          Je vous souhaite plein de succès dans cette entreprise !

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>