Ils @8

GrreceLa situation en Grèce me fascine et je prends le risque d’écrire un billet alors que les négociations tiennent l’Europe en haleine (nous sommes le lundi 13 juillet 2015, 9 heures). Quelle en sera l’issue ? Je l’ignore et ce que je ressens me semble aller au-delà du résultat.
Je remarque d’abord que ma position personnelle a beaucoup évolué ces derniers mois. Au début de la « crise », j’étais assez portée sur un soutien sans faille à la Commission européenne, considérant que les Grecs n’avaient que ce qu’ils méritaient, eux qui ne payaient pas leurs impôts et laissaient religieux et armateurs tirer les ficelles de la gabegie générale. J’ai voté « Oui » à Maastricht et à la Constitution européenne. J’étais dans cette logique. Je faisais confiance aux dirigeants de l’Europe pour nous mener vers une Europe politique sur fond d’orthodoxie financière.
Et puis Tsipras est arrivé…, soutenu par une gauche française que je ne soutiens pas. Je sentais (j’ai bien utilisé le verbe « sentir » tant les outils me manquent pour être plus précise) que les Grecs n’en pouvaient plus de cette « austérité » qui me semblait pourtant incontournable, que ce que l’on m’avait raconté sur ce pays incapable de gérer ses affaires, miné par la corruption, la fraude et j’en passe, était trop bien ficelé pour être honnête. Car si les Grecs étaient si coupables de leurs déchéances, pourquoi mettre tant d’énergie à les « sauver », dans un sauvetage qui traînait un peu en longueur, tout de même.
J’ai commencé à y regarder de plus près, à me dire que cette mathématique que l’on nous propose systématiquement pour « réduire la dette » ne tenait pas forcément la route, qu’il devait y avoir d’autres enjeux, d’autres données pour que ces « efforts » demandés aux Grecs, et à nous aussi, ne portent que si peu leurs fruits. Il y a eu alors cette affiche de cette gauche qui n’est pas la mienne et qui m’a fortement ébranlée : « Si la Grèce était une banque, elle serait déjà sauvée »…
J’ai lu ça en allant au judo, sur un mur du 19e arrondissement. J’ai souri, trouvé le slogan facile ; puis, en fin de compte tellement juste ! Car pendant que les Grecs se serrent la ceinture, la finance internationale fait des profits, les inégalités s’aggravent entre pauvres et riches, entre Sud et Nord. Je n’aime pourtant pas l’idée que la « redistribution » serait la solution ; je penche plus pour une solution globale, la décroissance, et la remise en cause du libéralisme en tant qu’ordre économique, certes, mais aussi politique et social. En attendant, les Grecs sont à bout de souffle et il faut faire quelque chose !
Tsipras a alors arrêté les négociations et lancé son référendum, en moins d’une semaine. Incroyable ! La chose m’est apparue véritablement incroyable ; j’ai écouté son discours 48 heures avant le scrutin. Cet homme est soit fou, soit génial ! Par ce référendum, il semble nous dire qu’il est possible de résister, à l’échelle d’un État, par le jeu démocratique, à l’ordre libéral, à ses banques et à ses soutiers des institutions européennes. La réponse du peuple grec a été sans appel. La suite ne change pas grand-chose, semble-t-il, en matière de restriction. Mais cela a été possible ; résister.
Un long round de négociations s’est alors engagé. J’ai entendu, lu, de-ci, de-là, des choses qui m’ont marquée. Je fais court. « La Grèce restera dans l’Europe, c’est une question géostratégique. » « La Grèce ne produit pas assez de richesse pour payer ses fonctionnaires, ses retraités et rembourser la dette. » « Les dirigeants des États européens jouent la politique intérieure. » « Ils lâcheront tous au dernier moment. » C’est ce que je retiens, l’idée que ces négociations sont un marché de dupe, que les dés sont jetés depuis longtemps et que, pendant que l’on amuse la galerie, l’austérité a partout gagné la partie pour le plus grand profit de ceux qui sont devenus trop gras du bide pour porter une ceinture !
Ne serait-il pas temps, pour nous aussi, peuple de France, de tenter de dire non ? On a « tellement à perdre » me souffle Caddie, grand économiste s’il en est (c’est lui qui fais les commissions !) Que faire alors ? Vous, je ne sais pas. Moi, je vais tâcher d’arrêter de « sentir » pour essayer de m’informer correctement et réfléchir. Chaque fois que j’écris le mot « Grèce », c’est « grève » qui s’affiche à l’écran. Un signe ?

2 commentaires pour Ils @8

  • « αξιοπρέπεια », signifie « dignité »,

    c’est non dupes et dans la dignité que les Grecs souhaitent résister,
    c’est dans la dignité que nous leur avons rendu hommage hier soir, en Avignon, place du Petit Palais.

    • Cécyle

      Nous irons bientôt les embrasser avec Isabelle. Ça va faire une belle accolade !

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