Sainte Marie Joseph ! @4

POilsDans la salle d’attente de Sainte Marie Joseph, on discute entre deux rendez-vous. J’ai ainsi bavardé un long moment avec deux dames charmantes, une fille et sa maman. C’est la fille qui vient en consultation ; elle a mon âge. Après quelques propos généraux, elle m’explique tout le bien que lui fait ce service. Elle est malvoyante depuis l’âge de 20 ans et sentait le besoin d’une petite « remise en suppléance » (je viens d’inventer l’expression). Et de s’exclamer :
— Je me maquille de nouveau ! Et vous ?
Je réponds que je ne me maquille pas.
— Vous devriez. C’est tellement plus féminin !
Je bafouille un peu avant de lui dire que je ne place pas mon identité de femme sur ce terrain.
— Ah ! Vous êtes comme ma mère. Elle ne se maquille pas non plus.
Et voilà comment l’on devient copines.
Cette conversation m’est revenue alors que je cherchais à identifier des tâches contraintes par ma déficience visuelle et que je pourrais travailler pendant ce « stage ». J’ai trouvé « Lire les étiquettes de prix à affichage digital. », « Distinguer les pièces de 1, 5 et 10 centimes d’euros. », « Reconnaître les visages. » et Sarah m’a suggéré « Circuler en vélo. » C’est vrai que j’adorerais le dernier… Le plus illusoire sans doute. Passons.
Me maquiller, donc. Je n’aimerais pas cela mais est-ce parce que c’est compliqué (pas impossible !) pour un déficient visuel ou est-ce parce que je n’aime vraiment pas cet attribut « féminin » ? Mes interrogations sur ce que je peux ou pas me ramènent souvent à ce genre de question en forme de poule et d’œuf… et un souvenir m’est revenu.
Quand j’étais petite, maman s’épilait à la cire, cire qu’elle faisait fondre dans une casserole et étalait à la spatule en bois. Combien de fois l’ai-je vue se brûler, entendue crier de douleur ? Une conclusion s’est très vite imposée à moi : quand je serai grande, il faudra m’aimer avec mes poils (et j’en ai pas mal) car jamais je n’accepterai de souffrir ainsi pour me faire belle… pour un homme. Mon refus de céder à ce canon féminin remonte donc à loin. Et d’emblée, il a été féministe car j’associais à l’époque « plaire selon certains critères esthétiques définis socialement » et « être aimée (désirée) par un homme ».
J’en conclus que mon rejet du maquillage est du même ordre, ancré depuis longtemps comme quelque chose destiné à « être belle », à « plaire » dans un contexte de séduction hétéronormé. En toute conscience, j’ignorais alors mon homosexualité mais les signes étaient là. Cette aversion de l’épilation est-elle de ces signes ? Qu’importe ! Au moins, je suis certaine que mon homosexualité n’est pas la conséquence directe de ma déficience visuelle. Certaine ? Ma position serait-elle en effet la même si je les voyais ? Ils sont si doux au toucher…
Ah ! Sainte Marie Joseph ! Où vas-tu me mener ?

2 commentaires pour Sainte Marie Joseph ! @4

  • Isabelle

    J’ai la même aversion que toi pour le maquillage, norme imposée dans un contexte de séduction, donc de « mise sur le marché à viande » pour hommes, qui eux ne se maquillent plus depuis les Égyptiens dans l’Antiquité ou pas loin. D’ailleurs, je trouve particulièrement peu séduisant un visage maquillé en faisant ressortir l’artifice du maquillage (couleurs dans une gamme sans rapport avec la couleur naturelle de la peau, traits marqués…) C’est même assez rédhibitoire.

    • Cécyle

      Le pire, c’est quand on est privée d’un baiser pour cause de rouge à lèvres !

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