Colère @11

Kata GurumaAu début de ce mois, j’ai passé quelques jours difficiles sur le thème « L’enfer, c’est soi-même ». Un premier jour, je ne me sentais pas en forme, sans raison apparente. Le second, pareil, avec des accents d’envie de pleurer. Le troisième, pire encore, pas bien, envie de pleurer, irritabilité… et cela a duré comme cela une bonne semaine. J’ai normalement dormi, mangé, travaillé, apprécié mon sport, souri à ces petites joies du quotidien que j’aime remarquer, partagé de bons moments avec celles et ceux qui me sont chers sans que cela n’influe sur mon humeur générale. J’ai tenté d’appliquer les bases de la « pleine conscience » de Christophe André et me sentais, en pleine conscience, pas bien, chagrineuse, colérique tout en savourant nombre de moments positifs.
Pas bien, chagrineuse, colérique ? C’est au quatrième jour que j’ai compris que j’étais en colère, de cette sorte de colère sourde qui est là, au fond de la chair, prégnante. Mais en colère contre qui, contre quoi ? Certainement pas contre ces petits faits ou comportements qui m’ont irritée ces jours-là, ils étaient si dérisoires… Contre qui ? Contre quoi ? Contre moi ? C’est au cinquième jour qu’est venue la question. Mais qu’aurais-je donc fait, dit, pensé qui me mettrait en colère contre moi-même ?
Je ne sais pas.
Ce n’était peut-être d’ailleurs pas la bonne question.
Je ne sais pas.
J’en ai parlé avec Isabelle, Sarah, Caddie, Jo et la Cocotte. J’ai reçu le soutien de Petit Mouton, Petit Koala et toute la bande. Rien n’y a fait. Je ne sais toujours pas contre qui, contre quoi, j’étais en colère. La seule chose qui est sortie c’est la vie, la mort, l’injustice, le mépris du monde envers les gens, la violence, la maltraitance… Mais peut-on être en colère contre pareille globalité ? Sans doute, oui. Cela s’appelle l’indignation, je crois. Et si j’aime m’indigner, il n’est pas question que cela me pourrisse la vie dix jours durant.
J’ai fait attention de ne pas trop « m’occuper » l’esprit pour chasser artificiellement cette colère. Je voulais vraiment savoir quelle elle était. Les réponses les plus évidentes au niveau personnel étaient l’anniversaire de la mort de Ma-Jeanine, mon incapacité à traduire en amoureux l’amour qui irradie mon cœur, le mépris dont je suis l’objet en tant que personne malvoyante par les institutions voire les personnes. Cela fait déjà un bon lot ! J’aurais voulu pouvoir trancher.
Je n’ai pas su.
Et puis, pour la fête de mon club de judo, on a refait le Nage no kata avec sensei Romuald. Je l’ai révisé tous les matins pendant huit jours, constatant à chaque fois combien ce kata m’équilibre. Notre seconde prestation était moins léchée que la première ; l’enjeu n’était pas le même, la joie non plus mais ma fierté a jailli, me sautant au cœur comme un Romuald qui chute sur Kata guruma (la troisième prise de la série). « Guruma », « roue » en japonais du judo. Elle a tourné, la roue. La colère s’est dissipée.
Mais je sais qu’elle reviendra puisque je n’ai pas réussi à l’identifier.
Dommage.

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