Incyclicité @19

Feu piétonLes feux piétons parisiens sont équipés depuis quelques années déjà d’un système sonore qui se déclenche à la demande, soit avec un bip distribué par le CCAS, soit par un bouton dissimulé sous un boîtier collé au poteau du feu. Cela s’avère assez pratique, surtout quand cela fonctionne. Certains sont muets, d’autres peu audibles, d’autres très ou trop forts mais, l’un dans l’autre, cela m’est très utile.
Cela me permet d’abord de savoir où je suis grâce à l’annonce « Rouge piéton, [nom de la rue] ». Étant donné le peu de lisibilité des plaques de rue (placées très haut et souvent cachées par les auvents des commerces), l’information ainsi donnée me rend service lors de mes treks urbains. Cela m’aide aussi à savoir si le feu piéton est vert ou rouge quand la lumière du feu est pâlotte, quand la rue est un peu large, quand le soleil couvre l’éclairage du feu… Et cela me permet enfin de m’amuser un peu en observant le comportement de mes concitoyens.
Hier, j’étais rue du Four (6e). L’endroit est très commerçant. Les piétons ont tendance à traverser au gré de leur désir ; leur nombre est un argument face aux automobiles. J’arrive pour traverser. Je ne vois pas le feu piéton baigné de soleil. Un flot automobile contraint sur le trottoir une petite dizaine de passants dont on sent l’impatience à traverser.
J’actionne le dispositif sonore. « Rouge piéton, rue du Four ». La voix est forte. Il est difficile de ne pas l’entendre. Deux dames tournent la tête vers le feu, intriguées. Les autres surveillent la circulation. Un premier piéton traverse en zigzaguant dans le trafic. Un autre suit et revient en arrière. Le feu délivre toujours son message de prévention « Rouge piéton, rue du Four ». Le flot automobile se tarit d’un coup. Les piétons traversent d’un seul homme, avec juste deux personnes qui hésitent en regardant le feu qui leur dit de ne rien en faire avant de se décider.
Le feu piéton est toujours rouge ; je suis la seule à rester sur le trottoir et à attendre la petite musique qui dit que le feu est vert. Et l’on va dire que c’est moi qui cultive l’insoumission ? Quand on sait que les piétons sont les premières victimes des accidents à Paris, je me dis que je préfère écouter les feux ! Question de survie.

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