Ils @6

CafDe récents soucis administratifs m’ont contrainte à me rendre dans les locaux d’un centre de gestion de la Caisse d’allocations familiales pour la première fois de mes trente ans d’allocataire. D’ordinaire, même s’il faut du temps, un ou deux courriers suffisent à régler le souci. Pas là.
J’en étais d’autant plus contrariée que je devais mobiliser Isabelle pour m’accompagner avec l’idée qu’on allait y passer la journée dans des conditions d’accueil exécrables. J’ai en effet une image déplorable des « services sociaux » : rupture de prestation sans préavis, modification des attributions sans détail des motifs et des modes de calcul, définition des conditions d’attribution a minima, délais de réponse de deux mois à presque un an, utilisation d’un langage abscons, demande de justificatifs à répétition, démarches en ligne réduites à la portion congrue, téléphones qui sonnent dans le vide, attente interminable dans les services, porte close aux heures normales d’ouverture,… La liste est longue (et ne concerne bien sûr pas que la Caf).
Tous ces « déboires » accumulés dans le temps font que je cultive une certaine appréhension au moindre changement de situation ou lors de nouvelles échéances tant il ne se passe pas une année sans que je ne doive affronter ce fonctionnement administratif qui me donne le sentiment que le demandeur est par nature un fraudeur qui va chercher à tirer le maximum, le « service » s’organisant pour le piéger et veiller au grain.
N’en va-t-il pas de la bonne utilisation des deniers publics ? Il en va, en effet ; rien n’est dû et je dois me préparer à réagir avec efficacité face à l’attaque administrative.
Je suis donc allée au centre de gestion un mercredi à l’ouverture avec Isabelle, un gros dossier sous le bras et une très courte nuit de sommeil dans les jambes. Le centre etait fermé « exceptionnellement » pour mieux traiter les dossiers en souffrance. Rien n’était dit de cette fermeture sur le site Internet. On se rabat sur un autre centre, fermé également. Mes inquiétudes et a priori se confirment. On me maltraite, par principe.
Le lendemain, une nouvelle courte nuit dans les jambes, on se présente avec Isabelle dans un autre centre. J’ai envie de pleurer, la tension, le manque de sommeil, la peur de la nouvelle mauvaise blague que cette administration va me faire.
Nous sortons du centre de gestion une heure à peine après y être entrées, après avoir vu trois agentes plus aimables les unes que les autres, compétentes, compatissantes, donnant des conseils avec des arguments auxquels je n’avais pas pensé (j’avais pourtant sacrément ruminé), sans la solution immédiate de mon problème mais avec quelque chose de plus précieux que les euros en jeu : la sérénité.
Cette visite m’a permis de comprendre que ce n’était pas moi qui était en cause, que personne ne pensait que je trichais, que les agents de ce service public font ce qu’ils peuvent avec une réglementation incomplète et contradictoire, qu’ils ont des chefs et des contraintes qui ont eux-mêmes des chefs et des contraintes, en un mot qu’il est essentiel de distinguer l’administration des personnes qui la font fonctionner.
Je voudrais donc m’excuser auprès de ces agents publics dont je médis si souvent. Ils agissent véritablement pour le service des allocataires et, si je dois m’opposer à quelque chose c’est au fonctionnement administratif lui-même. Car il est évident que si ces agents appliquent la loi (ils sont payés pour cela), ils n’ourdissent aucun complot contre les usagers que nous sommes. Ils peuvent même faire preuve de résistance, là où c’est possible.
Alors, bien sûr certains ont des comportements forcément plus grégaires que d’autres. Mais je tâcherai à l’avenir de ne plus craindre les personnes. Mes soucis n’en seront pas moindres mais, qui sait, peut-être que je dormirai mieux ?

13 commentaires pour Ils @6

  • Salanobe

    Je pense que le fonctionnement administratif est généralement bien pensé pour la majorité des usagés et que les agents sont plutôt soucieux de bien faire leur travail au service des allocataires. Le problème, c’est lorsqu’on ne rentre pas dans la bonne case et que l’on ne fait pas partie du « en général ».
    En abordant les problèmes sereinement, de façon factuelle, les interlocuteurs sont très souvent agréables et efficaces, quelle que soit l’administration.

    • Cécyle

      Je n’ai jamais bien su entrer dans les cases. Et là, je crois que c’est trop tard 😉

      • Salanobe

        Votre grand âge ne vous met pas à l’abri d’une mauvaise posture ! 😉 Ne vous inquiétez pas (Si si, je sens l’inquiétude.), si vous ne rentrez pas de vous-même dans les cases, les autres vous y mettront.

        • Cécyle

          Vous ne croyez pas qu’il soit possible de faire de la résistance ? Et moi qui m’échine à essayer d’aller là où l’on ne m’attend pas. Je vais aller dire deux mots à l’Esprit Saint ! 😉

          • Salanobe

            En parlant de tomates, si vous avez l’occasion de voir des tomates précoces (mûres avant le 15 juillet et bio, évidemment), dans votre joli jardin partagé, pourriez-vous me le signaler que je vous propose un marché ? Merci. 😀

          • Cécyle

            Faites-moi un mail pour me dire car je n’y vais que peu au jardin, et le temps que j’y voie des tomates, elles seront cueillie.
            Par ailleurs, Tomatier a une tomate qui mûrit, il sera ravi de vous aider.

          • Salanobe

            Quel vaillant ce Tomatier. Un vrai rebelle !

          • Cécyle

            Il vous envoie ses amitiés… 😉

          • Salanobe

            Passez-lui le bonjour et souhaitez-lui une bonne saison de ma part, je vous prie.

          • Vincent

            De ma part aussi 🙂

          • Cécyle

            Et voilà Tomatier tout content ! Il s’excuse d’ailleurs, il,colle un peu de la feuille. Caddie lui dit que c’est de la collamour mais il est un peu gêné tout de même.

  • Vincent

    Dans la gestion d’un État, d’une Nation, d’un peuple (rayez la mention inutile) en démocratie, il y a un gros problème, lorsqu’on dépasse généralement la taille d’une Ville-État (Athènes, par exemple. Enfin, l’ancienne lol).
    Il faut gérer les choses (les gens) par « groupes ».
    Il faut faire de la gestion de masse… car sinon, c’est juste pas possible.
    (Ça pourrait l’être… mais le coup serait exorbitant… et puis, on parlerait alors de flicage lol).
    Or, comment faire des « groupes » de gens quand chaque personne est un individu unique ?
    Le groupe des hommes… des femmes… des marié(e)s… des célibataires.
    Les actifs, les inactifs… les malades. Les riches, les aisés, les démunis, les pauvres…

    Il existes des règles pour chaque groupes… car on ne peut pas faire une règle par individu.
    (D’ailleurs, ce n’en serait plus une)

    Cela entraine inévitablement des conséquences fâcheuses.
    Administratives, souvent injustes.
    Mais aussi des conséquence de raisonnement générales. Cela « déteint » sur le « peuple », en quelque sorte.

    L’école aussi, est en partie responsable.
    Historiquement parlant, on pourrait dire que l’école et la solution « douce », passant par l’apprentissage de la « liberté égalité fraternité », pour pallier les échecs des révolutions (J’ai entendu ça un soir à la radio. Ça m’a vraiment paru vrai, mais j’ai perdu les détails.)
    Et pour y arriver… elle… formate. Elle mets des gens dans des cases, et traite par « groupe »…

    Et quand vous ne rentrez pas dans les casques…. et bien, je ne vais pas vous paraphraser, ni l’une ni l’autre 🙂

    La généralisation (la groupisation est une généralisation catégorisée), c’est le début de la discrimination.

    L’État n’a malheureusement pas les moyens de faire autrement.
    Mais les gens, devraient chaque jours se dire : ce n’est pas un groupe de « xyz » que j’ai en face de moi. Ce sont plusieurs individus.

    Cela étant, je suis moins indulgent que vous sur les…. ah zut !! Voilà que je généralise 🙁 🙁 🙁

    V

    • Cécyle

      Et si l’on pensait le monde en dehors de la notion d’État, qu’ils soit nation ou cité… ? 😉 J’espère bien qu’il existe un système politique où les individus sont reconnus comme tels, sans qu’il ne soit besoin d’avoir un « statut » et des droits afférents. Un monde utopique, bien sûr ; mais, avoir une utopie, est déjà une résistance à l’oppression.
      Je ne veux pas de l’État. Je ne veux pas des groupes et catégorisations que l’on m’impose ; je vis dedans, et m’y démène, bien sûr. Mais je résiste. J’essaie de vivre autrement dans ce monde qui se pense en termes de normes. Et surtout, j’essaie de penser ; penser !
      J’étais contente de cette libération que j’ai ressenti vis-à-vis de la Caf. J’en dépends, je suis soumise à ses décisions… mais cela ne doit plus m’atteindre dans mon individualité ; c’est juste une question administrative.
      Je sais que ce que je dis là peut sembler très théorique. Je ne le vis pas comme tel.

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