Intox @5

Magazine de la santéLe « Allô docteur » du 7 avril dernier était consacré à l’inceste. Sur le plateau, un homme témoigne à visage couvert. L’émotion est palpable. Ce qu’il nous dit me semble essentiel, courageux et je suis contente qu’une telle souffrance puisse être exprimée, partagée, comprise.
Face à lui, deux « spécialistes » assurent les réponses aux textos des téléspectateurs. Ce sont deux femmes, une médecin, l’autre responsable d’une association. Elles se disputent très vite la parole et transforment leur réponse en sentences, je dirais même en « revendication ».
— Je suis obèse ; est-ce que c’est un signe d’inceste ?
— Mais bien sûr ! Beaucoup d’obèses sont des victimes d’inceste, la majorité !
J’ai une pensée émue pour les personnes obèses qui regarde cette émission.
— Je n’ai de relations sexuelles qu’avec des hommes de l’âge de mon père. Ai-je été victime d’inceste ?
— C’est possible, en effet, mais ne croyez pas que vous désirez votre père qui aurait abusé de vous. Vous êtes la victime. C’est son emprise qui s’exprime dans votre vie sentimentale.
Comment peut-on passer ainsi du conditionnel à l’indicatif ? De la même manière que l’on transforme tous les obèses en victimes quasi obligatoires d’inceste.
« Allô docteur » m’avait habituée à plus de sérieux dans le recrutement de ses invités. Je comprends, je sais, que l’inceste est un sujet difficile, que toute agression sexuelle détruit une vie, une vie qui peut aussi se reconstruire. Le déni de ces violences criminelles est souvent tel qu’il faut lui opposer une certaine violence militante ; je le comprends aussi. Mais ces deux femmes sont allées au-delà. C’était comme s’il n’était finalement pas possible de ne pas avoir été victime, comme si chacun de nous enfouissait forcément quelque chose…
Les victimes de violences sexuelles incestueuses ne méritent ni le silence, ni cette étrange banalisation. Elles méritent la justice, le respect. Je n’ai rien vu de tel dans cette émission, hormis cet homme, qui témoignait. Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.