Charlie @6

Le négrier, Turner, 1840, musée de Beaux Arts de Boston.

Le négrier, Turner, 1840, musée de Beaux Arts de Boston.

Les actions se multiplient pour débarrasser nos rues et établissements des noms de personnages historiques à qui l’on reproche d’avoir eu des propos, des actions, des engagements, racistes. Ainsi, une habitante de Villier-le-Bel a obtenu que soit débaptisé l’hôpital Charles-Richet au motif que ce médecin a eu des écrits particulièrement racistes (ici). Dans le même ordre d’idées, une action a été menée à Marseille en 2011 pour débaptiser une rue portant le nom d’un esclavagiste notoire ().
Ce ne sont que deux exemples trouvés le même jour dans mon fil d’actualité Facebook. J’ai croisé beaucoup de revendications du même type sur le terrain du racisme toujours, pas vis-à-vis de personnages sexistes, homophobes, antisémites ou autres mais cela peut venir. Et cela m’amène une question : peut-on débarrasser l’histoire des plus infréquentables de ses acteurs ? Doit-on le faire ?
Il me paraît incontournable que ce médecin était raciste et qu’il est essentiel de le dénoncer, autant qu’il est essentiel que chacun sache que les esclavagistes étaient légion, et ce, même parmi des personnages qui fondent l’histoire de France : Louis XIV, Napoléon et tant d’autres n’ont-ils pas mené une politique visant au développement de l’esclavage au seul profit de la richesse de la France et de ses grands bourgeois ? Mais justement, la portée « historique » de ce racisme d’État (toujours en vigueur sous d’autres formes, soit dit en passant), ne lui confère-t-il pas une « légitimité » (j’ai bien mis des guillemets) qui exonère ses acteurs non de responsabilités au moins de fautes ?
Pour tout dire, cette question m’embarrasse. J’entends l’argument pour débaptiser cet hôpital, ce d’autant que ce médecin, quel que fût la grandeur de son action médicale, n’a pas bouleversé le cours de l’histoire. Mais Versailles… Le château. Il n’aurait pas existé sans l’esclavage et ses artisans. Quelle est alors la meilleure manière de rendre hommage aux victimes de l’esclavage : détruire Versailles ou dire que leur sang en dore les boiseries ?
Au final, je serais assez portée à ne pas refaire l’histoire, même celle de nos noms de rues, tout en rendant plus visibles tous les massacres, génocides et exactions d’État qui sont notre histoire ; car n’est-ce pas le déni organisé de ses parts les plus sombres qui mobilise aujourd’hui les héritiers des victimes oubliées et donne force à leurs actions, contre les plaques de rue… et contre tous les symboles d’une oppression qui n’est jamais reconnue ? Ah ! si la République n’avait que le sang des communards sur les mains… Que cesse cet assourdissant silence sur les victimes de « la grandeur de la France » ; loin d’y perdre notre superbe, nous y gagnerions en cohésion sociale bien au-delà d’un certain dimanche de janvier.

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