Résistance @10

Caddie Bleue 5J’ai l’impression, sans que ma perception des choses ait valeur de statistique, que les « resquilleurs de file » aux caisses des supérettes parisiennes sont de plus en plus nombreux. L’argument principal est « Je n’ai que deux articles… » quand la majeure partie des clients n’en a jamais plus de dix ou quinze aux heures où je fais mes courses. L’autre argument est l’urgence « Je dois aller chercher un enfant à l’école. » dit une dame cet après-midi chez un discompteur, avant de se plaindre comme quoi chez XXX il y a une caisse moins de cinq achats.
Devant moi, il y a six personnes. Les six ont plus de 70 ans, dont deux avec des cannes. Derrière moi, une dame, même âge, en canne également, avec trois articles ; la resquilleuse du jour arrive à l’amadouer. Elle a une viennoiserie et une boîte de conserve. J’argue que nous avons tous des contraintes et que personne n’a plus de dix articles dans la file. Elle roumègue, remercie très fort la dame qui l’a laissé passer…
— Au moins, il y a encore des gens qui ont du cœur !
— Je vous rassure, le mien bat toujours !
Cela ne l’a pas fait rire ; elle est un peu partie en vrille. Je l’ai laissée faire, sans répondre. D’autres s’en sont chargés ; le vigile est intervenu. Elle a baissé d’un ton. Pas de dommages collatéraux. Dans la supérette suivante, rebelote. Cette fois, la dame, avec un seul article, est passée en demandant à la personne devant moi d’une manière qui empêchait une réponse négative. Cette dame était d’ailleurs contrariée de ne pas avoir su refuser. Nous avons devisé, moi l’encourageant à dire non une prochaine fois.
Je dis en effet le plus souvent non, ce qui est très mal perçu et souvent source de conflit. Je choisis de faire mes courses aux heures creuses, Caddie est rarement plein, et je suis très occupée, comme chacun sait ! Pourquoi laisser passer quelqu’un ? Parce que cette personne ne tient pas debout ? C’est effectivement la seule raison que j’entends… quitte à ne pas avoir de cœur même s’il bat toujours !

1 commentaire pour Résistance @10

  • Cécyle

    Hier, une resquilleuse de file a posé son panier vide dans la file et est partie chercher un paquet de crevettes. Je suis arrivée alors qu’elle partait ; j’ai poussé le panier et ai pris sa place.
    Quand elle est revenue, je me suis pris une volée de bois vert comme quoi c’était sa place, que je la lui avais prise, enchaînant sur mon peu d’éducation et le caractère inadmissible de mon comportement. J’ai un peu répondu, en restant calme. Sa violence était telle qu’il n’y avait rien à dire.
    J’avais sur moi ma canne blanche. Je l’ai dépliée posément, sans un mot. Elle s’est tue aussitôt, sans trop savoir que faire. Je l’ai laissée à sa mauvaise conscience. Sa violence m’avait ébranlée. Au moins, j’ai pu m’en extraire.

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