Charité @13

115J’ai appris par voie de presse que, dans le cadre du plan Grand froid mis en place fin décembre, le gymnase près de chez moi était requis pour héberger soixante personnes. L’information ne m’a pas laissée indifférente. Notre quartier est en proie à des trafics importants et mes premières pensées ont été de me demander comment les personnes hébergées et le commerce souterrain allaient cohabiter. J’espérais sans doute que ces soixante personnes, par leurs allées et venues, allaient perturber nos commerçants…
Je n’ai pas entendu de bruits nocturnes inhabituels ni n’ai remarqué de mouvements particuliers. Autrement dit, si je n’avais pas vu cet article du Parisien, je n’aurais sans doute jamais su que ce gymnase était un lieu d’hébergement d’urgence. J’imagine volontiers que cette « discrétion » est voulue et organisée tant je sais les riverains (mes voisins) sensibles à tout ce qui pourrait modifier leur environnement. Demande-t-on à ces personnes ne raser les murs pour éviter les conflits de voisinages ? Il est à parier qu’elles le font spontanément tant elles doivent avoir l’habitude d’être l’objet d’ostracisme et de violences gratuites.
À force de ne rien remarquer, j’ai fini par oser jeter un œil à l’intérieur du gymnase par une ouverture en surplomb. Je savais qu’en début d’après-midi il serait vide, les personnes hébergées arrivant le soir et repartant le matin (il fait tellement moins froid la journée !) Ce que j’ai vu m’a glacée : des lits alignés à intervalle militaire, avec semble-t-il une couverture et un oreiller par lit. Je me suis imaginée là, en cas de crue, occupant ce lit, sans même un drap de cloison, ou une chaise où poser des affaires. Comment peut-on dormir dans ces conditions ?
Isabelle m’a répondu.
— Comment peut-on dormir dans la rue ?
En effet.

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