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Paris @29

JournauxDescendant ma rue un soir en lisant un bouquin, j’entends à ma droite quelqu’un fourrageant dans une voiture héler quelqu’un d’autre. Tout de suite un jeune homme lui répond et me dépasse. J’en conclus que je ne suis pas concernée.
Deux minutes après, le premier me dépasse à son tour en me disant très gentiment « Madame, si vous voulez, vous pouvez prendre Le Monde sur le toit de la voiture là-bas. C’est celui d’aujourd’hui. » Je remonte un peu la rue et vois la pile de journaux neufs, la fin d’un paquet dans son plastique de livraison bien ouvert pour permettre de se servir. Repassant devant le livreur alors en discutant avec un autre collègue, je le remercie bien. Il était content d’avoir pu faire plaisir en donnant un exemplaire de son surplus. J’étais contente d’avoir de la lecture, moi qui n’ai pas lu le journal papier depuis bien longtemps.
Cela m’a rappelé un des boulots que j’ai eu d’il y a presque vingt ans. Libération à porter chez des abonnés individuels entre trois heures et sept heures du matin, six jours sur sept. Les rendez-vous à deux heures du matin pour la distribution dans une rue exposée à tous les vents de Levallois ou dans le sous-sol du journal. Bout à bout, je l’ai fait plus d’un an, parfois simultanément avec d’autres boulots. Travail difficile, mal payé, avec des primes dépendant surtout d’aléas incontrôlables du porteur. Je me dis que certains le font des années, souvent en complément d’autres emplois de livreur ou coursier. Le développement des technologies masque parfois ce travail du « dernier kilomètre », mais ne remplacera pas sa pénibilité. Je ne l’oublie pas.