Commémoration @12

Encore féministesChaque année, le 6 décembre, je participe avec beaucoup d’émotion à la commémoration du massacre de la Polytechnique de Montréal, quatorze femmes assassinées par un seul homme au cri de « Je hais les féministes ! » pour l’unique raison qu’elles voulaient devenir ingénieures. Vous trouverez plus d’information ici, ou dans le film de Patric Jean, La domination masculine, .
Cette commémoration est organisée par Florence Montreynaud et le réseau Encore féministe ! Parfois, nous sommes si peu nombreuses et nombreux que nous peinons à porter les quatorze roses et la banderole où s’inscrit cette phrase de Benoite Groult « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tous les jours. » Au fil des ans, des associations apportent leur soutien, David et Jonathan, le Centre LGBT… Leurs militantes et militants sont là, dans un esprit de mémoire et d’hommage, de partage. Nous sommes tous identiques face au crime, unis avant tout par nos engagements et notre foi en l’humanité.
Quand je suis arrivée cette année place du Québec, j’ai immédiatement remarqué les fanions de Osez le féminisme ! Et j’en ai été tout aussi immédiatement choquée. Cette association a lancé une campagne pour la reconnaissance du « féminicide » (posant le fait que la victime soit une femme comme caractère aggravant des crimes et délits) et était venue là en fort grand nombre avec banderoles et affiches sur support en carton. C’était bien qu’elle soit là. Mais quel était donc ce besoin de se signaler, comme si l’on était dans une manifestation revendicative ?
Ce n’était pas le cas, nous étions dans une commémoration, certes revendicative, mais commémoration avant tout. J’ai discuté âprement avec une responsable de cette association, essayant de lui faire comprendre cela.
— Tu as déjà été à une commémoration, le 8 mai, le 11 novembre… ? On n’y vient pas avec ses drapeaux !
— Mais si, il y a des drapeaux le 11 novembre…
J’avoue qu’à cet instant, j’ai eu envie de pleurer en pensant aux poilus et à toutes les victimes de toutes les guerres dont elle venait d’insulter le drapeau en le comparant à son fanion à deux balles.
— Oui, des drapeaux tricolores, et on les abaisse pendant les dépôts de gerbe.
Je me suis arrêtée là, en lui indiquant que je trouvais l’attitude d’OLF indécente, et qu’elles pourraient au moins baisser leurs fanions pendant le dépôt des roses. Elles ne l’ont pas fait. Indécente. OLF l’était, fondamentalement, plus encore tant mon interlocutrice « responsable » a fait montre d’une bêtise politique coupable. J’avais déjà quelques griefs contre OLF. Je ne renouvellerai donc pas mon adhésion. Tant de suffisance à privilégier sa propre visibilité sur le mémoire de quatorze femmes assassinées est une manière d’agir qui n’a rien à envier à la suffisance machiste.

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