Décroissance @34

CapucheIsabelle est passée me chercher chez moi l’autre après-midi histoire de profiter du soleil d’octobre pour faire une belle balade dans Paris. Quand elle est arrivée, j’étais encore en « tenue d’intérieur », soit une superposition de vêtements accumulés au gré de mes activités du jour. Je travaille chez moi, vous l’aurez compris, et j’aime bien « être confortable » comme on dit. Je porte donc plutôt des vêtements de sport antédiluviens qui ne risquent plus rien, ni le produit vaisselle, ni les produits ménagers, ni la soupe qui gicle du moulin à légumes, ni les doigts tachés de betterave rouge, ni les pointes de couteau au curcuma, ni, ni, ni.
Quand Isabelle est arrivée, j’avais ainsi une veste de survêtement bleu blanc rouge de la FSGL maculée de toutes sortes de taches, des qui avaient résisté aux lavages, des plus récentes. Je lui avais dit un jour que j’avais du mal à la laver. Elle l’a confirmé, l’air un peu dégoûté. Sous la veste, j’avais un sweat, celui de la photo (on voit aussi le col de la veste de survêtement). J’ai retiré la veste pour m’habiller pour sortir. La mine d’Isabelle est passée de dégoûtée à écœurée.
— Le sweat aussi il est crade !
J’ai bien senti qu’il fallait entendre « très crade ». Je m’en doutais un peu mais comme je ne reçois à l’improviste que des marchands de tapis et des plombiers indélicats, je m’en moque un peu d’être très crade seule chez moi ce d’autant que moins de lessives sied à ma révolution décroissante. Le lendemain matin, en me levant, j’ai pourtant changé de vêtements d’intérieur, le ton d’Isabelle m’ayant un peu mis la honte tout de même. J’ai pris un pantalon de survêtement propre, une polaire bleue et dessous un polo de marin.
En mettant mes affaires au sale, je me suis souvenu que j’avais programmé de faire des fantaisies (des beignets de Mi-Carême) le lendemain et qu’il serait intelligent d’attendre quarante-huit heures pour mettre des vêtements propres. J’ai repensé à Isabelle et ai cédé au souvenir de son air dégoûté-écœuré prouvant ainsi que je ne suis pas toujours si prompte à privilégier ma raison sur mes sentiments. Mon pantalon s’est retrouvé couvert de farine, les manches de la polaire collées de pâte (personne pour relever mes manches !), le polo puant le graillon et saupoudré de sucre glace. J’ai ensuite lavé ma cuisine (ce qui était prévu) ce qui a achevé de me transformer en bonne-femme-de-farine-d’huile-qui-pue, ai pris une douche et mis toutes mes affaires à la machine, avec celles mises au sale la veille.
Ah ! si j’avais attendu quarante-huit heures, j’aurais épargné à la planète une demi-lessive. Mais si j’avais commis mon forfait antidécroissance vingt-quatre heures plus tôt, j’aurais évité à Isabelle un dégoûté-écœuré. Tant qu’à faire… Voilà qui aurait été raisonnable et attentionné. Comme quoi, il est possible d’associer les deux. Hardi !

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