Pauvres enfants ! @26

InrockJe vais enfoncer une porte ouverte.
Alain Juppé, candidat à la présidentielle, a déclaré dans une interview aux Inrockuptibles du 12 novembre 2014 : « Je suis favorable à l’adoption par un couple de même sexe, [si] les conditions d’épanouissement de l’enfant sont réunies. » Mais n’est-ce pas justement ce que vérifie toute procédure d’adoption ? Il y a bien sûr des « loupés » dans les agréments, sans doute parce qu’il est bien difficile d’entrer dans l’intimité des personnes et des familles et parce qu’en matière d’éducation et de développement personnel, il semble tout aussi délicat d’établir des critères objectifs. Une bonne nouvelle, d’ailleurs, car cela nous dit que nous pouvons échapper à une part de notre destin.
Ceci étant, Alain Juppé entretient ici cette idée éculée que les enfants seraient forcément en danger dans une famille homosexuelle. Qu’est-ce qui, dans l’homosexualité, serait de nature à fonder une déviance éducative particulière ? Ne nous voilons pas la face, le problème de fond est l’association homosexualité-pédophilie qui n’est pas fondée sur grand-chose à part, dans notre histoire récente, un courant littéraire et intellectuel des années 70 qui ne touchait d’ailleurs pas que les homosexuels. Je pense à Tony Duvert, bien sûr, mais aussi à cette idée que les enfants ont une sexualité, tout pervers polymorphe qu’ils sont.
C’est d’ailleurs incontournable, quelle que soit l’orientation sexuelle de leurs parents, autant qu’il est incontournable que certains adultes ont profité de cela pour tenter de légitimer le fait de contraindre des enfants à des rapports sexuels, insinuant que la dimension sexuelle infantile pouvait former un consentement. Si l’on mixe cela avec les questions de majorité sexuelle qui ont longtemps placé les homosexuels hors la loi alors qu’ils ne le seraient pas aujourd’hui à avoir des relations sexuelles avec des mineurs de plus de 15 ans, la boucle est bouclée et l’idée que les homosexuels sont par nature portés à abuser des enfants continue à alimenter les débats.
Avons-nous l’espoir que cela cesse un jour ? Je crains que non, ce d’autant qu’en s’enfermant aujourd’hui dans la famille, cet espace social où se déroulent l’essentiel des violences, sexuelles notamment, ils parent leur sexualité des atours de la norme (l’amour bourgeois et la procréation) et renvoient leurs pratiques sexuelles (le désir et la jouissance) derrière les rideaux de l’alcôve. Comment imaginer que cela ne va pas alimenter les « fantasmes » sur la sexualité homosexuelle ? Il faudra me l’expliquer.

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