Couperet @6

ParapluiesIsabelle vous a déjà proposé un billet sur notre visite de la prison Sainte-Anne d’Avignon (ici). Je dis bien « visite de la prison » car le reste, je l’ai ignoré tant il m’a semblé une injure à celles et ceux qui ont vécu en ces lieux.
Une des cellules était vierge de tout art contemporain. Les murs, sales et écaillés, gardant les traces des lits superposés. Une fenêtre opaque de crasse, de grillage et de barreaux, trop haute de toute façon pour y voir quelque chose. Une paillasse avec un lavabo, un miroir cassé, des traces d’étagères, le restant d’un support de télé, les deux gros tuyaux qui font office de chauffage, un sol mal carrelé, une porte épaisse avec son œilleton et ses deux énormes verrous sans proportion avec le risque d’évasion, et des toilettes à la turque, puantes comme si elles venaient de servir.
Je suis restée là un moment, à chercher entre ces murs les cris des prisonniers, espérant apaiser ceux de celles et ceux qui y sont encore, ici, ailleurs, partout dans ces prisons qui puent notre sale manière de traiter voleurs et assassins. Un homme est entré.
— Ça pue !
— Oui, monsieur. Ça pue, la prison.
Il est ressorti aussitôt, gêné de ma remarque. Pourtant oui, ça pue, nous puons tous d’accepter que nos détenus soient ainsi parqués dans la fange et la surpopulation. Quel que soit le crime ou le délit commis, personne ne doit être ainsi privé de sa dignité. Personne.
J’ai pensé un instant que c’était ma première prison. Mais il y avait eu Gorée. J’ai pensé aussi que ce lieu semblait fait d’assemblage et de bricolage perpétuels, rien n’étant semblable d’une cellule à l’autre à part la misère et la barbarie de ces incarcérations. J’ai pensé aux surveillants, aussi mal lotis que les détenus, fonctionnaires devant gérer chaque jour notre système carcéral qui fait si peu de cas des personnes et de leur intégrité physique et morale. J’ai pensé à Genet, cherché les traces de ces femmes et ces hommes pour les emmener dehors. J’ai pensé qu’il ne faudrait jamais que je sois arrêtée. J’ai pensé que j’avais eu l’idée d’intégrer le Génépi quand j’étais étudiante et que je ne l’ai jamais fait. J’ai pensé, éprouvé, avec une forte envie de pleurer, de crier, de péter sa gueule à ces visiteurs qui faisaient mine de ne rien voir de cette prison. Je suis ressortie sous la pluie battante, épuisée, triste, désespérée tant le monde qui était là ne semblait pas près de changer.

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