Kendo @14

Caddie Bleue 5Bien avant d’avoir ma ceinture marron, monsieur C. m’a fait travailler deux des cinq épreuves de la noire en passage technique, les trois premières séries de Nage no kata et les techniques debout-sol. Pour celles-là, je ne suis pas trop inquiète : avec un bon choix de techniques et du travail, j’y arriverai. Par contre, le Nage no me pose un vrai problème : il révèle combien je ne tiens pas debout et, à chaque déséquilibre de mon partenaire (je suis celui qui attaque, mon grand âge me dispensant d’être celui qui subit), je pars très vite en vrille avec, en point d’orgue, Kata guruma (la troisième prise avec le porté). Je tiens déjà mal la descente en fente de côté… alors faire basculer 60 à 80 kg en remontant. Une gageure.
Cela ne semble pas inquiéter monsieur C. Christian, par contre, multiplie les éducatifs au cours du lundi matin pour me faire sentir mon équilibre. Et très vite, nous avons discuté partenaires. Il m’en fallait un capable de me remettre debout tout en étant déséquilibré pour faire une belle chute. Les poids légers du club ne sont pas assez gradés pour gérer tout cela en même temps. Quant au temps de travail que cela va nécessiter, il me fallait un coriace. J’en parlais autour de moi, demandant conseil, quand un jeudi, sensei Romu se mêle d’une conversation que j’ai avec Hervé.
— On va travailler ensemble le Nage no le jeudi, quand ils feront le renforcement.
Avais-je bien compris ? Je n’étais pas sûre, et scotchée. J’ai attendu le mardi suivant pour lui demander confirmation.
— Tu peux me redire ce que tu as dit jeudi à propos du Nage no ?
Il a pris cet air faussement ahuri qui lui va si bien.
— Ben qu’on le travaille ensemble.
— Tu veux dire que je le passe avec toi ?
— Tu ne veux pas ?
Je l’aurais baffé, mon Romu ! Bien sûr que je veux le passer avec lui ! J’étais si émue ! Et encore un peu plus trois semaines plus tard quand nous avons eu notre première séance de travail. Je me sentais avoir trois ans, toute petite fille avec son grand sensei, si fière, si heureuse d’être là, si peureuse de ne pas y arriver. J’osais à peine le faire chuter, si inquiète de mal faire, et de le blesser lui qui est déjà cassé de partout.
Monsieur C. a découvert ce même soir qui serait mon partenaire. Il a réussi à me gâcher mon plaisir deux jours plus tard en me faisant travailler avec Jean-Mi, me privant ainsi de cours et avec des remarques type « Faut arrêter de picoler ! » chaque fois que je tombais, soit à chaque prise. J’ai réagi comme la mauvaise tête que je sais être plutôt que de prendre ce que je pouvais prendre de cette répétition. Sarah, ancienne nageuse, me dit toujours « Ne fais jamais une longueur pour rien. » Je me suis laissé emporter par ma colère. J’en étais d’autant plus contrariée.
Je vais donc travailler ce foutu Nage no sur deux fronts : avec sensei Romu les équilibres, avec qui voudra la technique fine. Et je vais y arriver, parce c’est lui, parce que c’est moi ? J’ai déjà pensé transformer Caddie en judoka pour m’entraîner au porté… ou acheter un sac de riz de 50 kg. Je vous tiens au courant !

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