Adieux… @14

ThiaisLe papillon
Le policier qui a reçu ma déposition après la mort de ma-Jeanine m’avait indiqué que les personnes qui faisaient don de leur corps à la science et souhaitaient être incinérées pouvaient indiquer que leurs cendres soient dispersées au cimetière parisien de Thiais. J’ai eu confirmation de cela et, voyant que l’accès à ce cimetière n’était pas trop compliqué, j’ai demandé à Isabelle si elle acceptait que nous y allions. J’avais besoin de savoir, d’avoir un endroit où me recueillir, un endroit qui désormais l’incarnerait.
En septembre, nous allons donner son nom à une parcelle de notre jardin partagé mais ce n’est pas pareil. J’étais pleine de questions sur ses cendres, comme si j’avais besoin d’être rassurée sur le fait que ma-Jeanine ait pu résister à la violence de la dissection et de l’incinération. Quelque chose comme ça, je pense.
Nous y sommes donc allées un samedi de mi-août, avec une autre amie. Le cimetière de Thiais s’est révélé un espace très vaste, parfois un peu vide, avec des carrés de tombes abandonnées pleines de mousse, comme dans un roman policier où l’on revient au crime originel. Nous sommes arrivées sur les indications d’une gardienne très aimable à la « Stèle des dons du corps ». L’endroit est sobre, un petit monument érigé par la Ville avec une plaque des Hôpitaux de Paris, quelques pots de fleurs et de petits parterres où se pressent des plaques individuelles indiquant les noms des défunts. Ces plaques sont à la discrétion des familles.
L’endroit, ombragé, est près d’une allée. Derrière s’étend un grand pré, non fauché. Les cendres de ma-Jeanine étaient-elles là ? Isabelle ne savait pas. Cela lui semblait étrange qu’on ait pu les disperser dans ce champ. Rien ne l’indiquait. J’étais un peu déçue, assez triste, à deux doigts de pleurer ; nous avons parlé d’autre chose, sommes parties en passant par un carré musulman, un autre plus « chinois », celui des « indigents » (très surprenant aussi ; je pensais tombes collectives ; elles sont individuelles), un dernier sans tombes mais avec des plaques…
Dans le premier carré, un papillon est venu me tourner autour, très près du visage. Je l’ai chassé de la main. Il est revenu, m’a cogné la tempe. Ma-Jeanine ? Qui d’autre ? Personne ! Personne d’autre que ma-Jeanine. Le gardien à la sortie m’a confirmé que les cendres sont dispersées dans le champ non fauché. Il faudra que j’y retourne, apporter des fleurs et discuter avec le papillon. Je suis toujours un peu triste, mais je sais que ma-Jeanine est en paix. Je sais.

Note. Merci Isabelle de m’avoir permis d’y aller. Et merci pour le goûter !

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